France. Les associations ultra-marines dans la « Solitude » de leurs revendications face à l’Etat

Beacoup de leaders ultra-marins ont brillé par leur absence lors de cette manifestation importante

Par Lise-Marie Ranner-Luxin

 

Samedi 26 septembre La mairie de Paris inaugurait, dans le 17e arrondissement, un jardin portant le nom de « Solitude », une figure de la résistance des esclaves noirs, morte en 1802. Place de la Nation, à l’appel du CREFOM et d’associations partenaires, se réunissaient quelques centaines de manifestants, venues résister face aux mépris de l’Etat envers les populations de l’Outre-mer. Plusieurs personnalités de la communauté ont brillé par leur absence, les autres bravant les intimidations voire les menaces, ont fait front commun, rejointes par un cortège de Gilets jaunes aux cris de « Solidarité avec les DOM-TOM ».

 

Une union sacrée qui ne s’est pas laissée intimider par les menaces

Malgré la faible mobilisation, avec Claudy Siar en maitre de cérémonie, chaque association a pu monter sur le kiosque de la Place pour faire entendre sa colère, ses revendications, sa solidarité. L’animateur de Rfi qui fut autrefois à la tête de la Délégation interministérielle pour l’égalité des chances des Français d’Outre-Mer, l’a rappelé, « les Ultra-marin ne sont pas considérés comme des Français à part entière mais entièrement à part ». Révélant même avoir reçu des menaces du ministère pour saboter la manifestation. Étaient présents malgré tout, l’infatigable Jenny Hippocrate qui représente l’APIPD et qui est vice-présidente du CREFOM en charge de la santé, Anthony Etelbert, les associations Accolade, des associations de femmes mahoraises particulièrement mobilisées, brandissant à la fois le drapeau français, des pancartes ainsi que de long foulards. Etaient présents également l’Union des étudiants réunionnais de l’Hexagone, Fanm, Dominique Sopo pour SOS Racisme, Louis-Georges Tin président d’honneur du CRAN, Lova Rinel, Estelle Yousoufa, l’association Kanak pour l’indépendance, le réalisateur Jean-Claude Barny, Amobé Mevegue venu avec une équipe de sa chaîne de télé Ubiznews et bien d’autres encore, amis et familles.

 

 

Des populations méprisées lorsqu’elles osent demander une égalité de traitement

Keyza Nubret, vice-présidente du CREFOM entre émotion et colère a pris la parole et déclaré : « Les Outre-mer n’ont aucun privilège ! » Steven, un antillais d’Aulnay sous-bois : « Il est l’heure de se lever et d’aller arracher ce qui nous revient de droit ! ». Car il faut le dire, la richesse économique de la France et de l’Europe s’est bâtie grâce au travail forcé et à la déportation de millions d’êtres humains venus du continent africain dont les descendants réclament justice, réparation et considération, empoisonnés pour certains aux Antilles par le chlordécone.

 

Un militant du Rassemblement national était en fonction au Ministère « pour s’occuper des affaires des outre-mer et de l’océanographie […]Voilà comment le gouvernement nous méprise. » Daniel Dalin, Président du CREFORM

Une révélation a particulièrement choqué

Le président du CREFOM, Daniel Dalin, a révélé qu’un militant du Rassemblement national était en fonction au Ministère « pour s’occuper des affaires des outre-mer et de l’océanographie » dit-il. Le président qui avait déjà confié à notre rédaction que dans les ministères tout le monde se cooptait et se fichait des outre-mer, a conclu en disant : « Voilà comment le gouvernement nous méprise. Cet homme ne doit pas rester et nous allons lancer des actions pour qu’il parte ! » Ce que veut le président, c’est une nouvelle organisation pour un CREFOM plus pugnace. « Il y a ceux qui sont dans la nostalgie d’un ancien CREFOM où on pouvait discuter avec un ministre », nous dit-il, quand nous le contactons le lendemain. Il est atterré aussi de voir que certains sites ont minimisé le nombre de personnes présentes alors que selon lui : « nous étions bien plus nombreux ». Il ajoute : « C’est encore une fois nous faire insulte que de minimiser notre nombre ».  Il nous raconte : « le bruit a couru disant que la manifestation avait été annulée, et certain n’ont pas relayé volontairement, voilà l’explication de notre faible mobilisation. » nous dit-il. Il nous fait remarquer : « Il serait bon de savoir quel est leur intérêt ? ».

 


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Combien de Georges Floyd et d’Adama Traoré dans les Outre-mer ?

Il était beau le casting venu mettre un genou à terre à proximité de l’ambassade des Etats-Unis, sans doute trop beau pour être vrai. Etrangement, la distribution hormis quelques figurants, était absente pour des revendications concernant leurs propres congénères. Idem pour les violences policières, aucune vedette de la télévision, aucune star de cinéma venue manifester sa solidarité. C’est vrai, Mai 67 n’est plus dans la mémoire de certains, cette grève qui a causé le massacre de plusieurs Guadeloupéens. Et le 14 février 1974, où des gendarmes ont ouvert le feu sur un groupe de grévistes à l’entrée de l’Habitation Chalvet en Martinique ! Le passage à tabac du militant anti-chlordécone Kéziah Nuissier ne mérite-t-il pas de la solidarité ? Et la lente agonie des Martiniquais et des Guadeloupéens empoisonnés parmi lesquels un record mondial de cancer de la prostate ? Le mot crime colonial ou génocide n’est-il donc pas assez fort pour que les Ultra-marins de la Métropole se sentent concernés, voire solidaires ? Les Antillais auront-ils droit un jour à leur Nuremberg ? Pendant ce temps pour paraphraser le poète Aimé Césaire : « les chiens continuent de se taire ».

 

 

 

Written by Lise-Marie Ranner Luxin