Daniel Dalin, président du #CREFOM dénonce le mépris envers les populations de l’Outre-mer (Part. 1)

Par Lise-Marie Ranner-Luxin

Le samedi 26 septembre le CREFOM (Conseil représentatif des Français d’Outre-mer), les associations partenaires, et les personnalités signataires, organisent la première grande manifestation du refus du mépris envers les populations de l’Outre-mer et contre les inégalités de traitement.  Malgré une présence attendue des forces de l’ordre, et conscients des règles et des gestes barrières, aux cris de « Ça suffit », les Ultra-marins comptent bien battre massivement le pavé, pour exprimer leur ras-le-bol. Nous avons rencontré le président du CREFOM Daniel Dalin qui, à travers sa longue expérience de syndicaliste et des hommes politiques, en arrive à cette triste conclusion, les hommes politiques méprisent les Outre-mer.

 

 

Quelle est donc la mission du CREFOM, et qui est Daniel Dalin, son président ?

Le 20 janvier 2014, c’est Victorin Lurel alors ministre des Outre-mer qui annonce la création d’un Conseil représentatif des Français d’outre-mer. Le CREFOM voit ainsi le jour et se donne pour mission de valoriser, de promouvoir et de défendre les Outre-mer, ses territoires et ses citoyens, au sein de la République. Il a réussi à faire entendre sa voix auprès de François Hollande qui lui a prêté une oreille attentive. « J’ai fait la campagne de François Hollande » nous confie Daniel Dalin, « ensuite j’ai été exclu du PS en 2012 pour avoir dit qu’il prenait un virage trop à droite » continue-t-il.

Peu importe Daniel Dalin tout en ne reniant pas ses convictions d’homme de gauche a préféré prendre ses distances. Syndicaliste, l’homme a toujours fait passer l’intérêt de ses compatriotes des outre-mer avant les siens.  Adjoint au maire en charge de l’égalité des chances, lutte contre les discriminations, la politique mémorielle de la ville et des anciens combattants de la mairie de Saint-Denis, employé à l’assistance publique des hôpitaux de Paris, il est conseiller du syndicat CFDT AP-HP. Militant acharné, il est en permanence sur le terrain, courant d’une réunion à l’autre, et c’est confus qu’il arrive à notre rendez-vous à peine sorti du train sous une pluie battante nous renouvelant ses excuses. Car cet entretien, il y tient.

Il sait que samedi 26 septembre est une journée cruciale, pour l’avenir des Ultra-marins, son chant du Cygne. Il n’est pas de ceux qui captent toute la lumière grâce à leur omniprésence sur les plateaux de télévision, en oublient la détresse de leurs congénères. Depuis son élection à la tête du CREFOM Daniel Dalin aidé d’une équipe rapprochée de trois-quatre personnes parmi lesquels son secrétaire général Anthony Etelbert, veut mettre le paquet pour surmonter les difficultés et faire entendre la voix des Ultra-marins.

« J’ai compris une chose, c’est que les hommes politiques ont sur nous un regard, sans trop nous comprendre. Ils ne savent pas ce que nous vivons. »

Arrivé en France à l’âge de 12 ans, il sait ce que vivent les populations antillaises dans les banlieues, les administrations, le racisme, la condescendance permanente. Il se souvient d’une réunion avec l’ancien ministre de l’outre-mer Yves Jégot « je m’étais préparé, j’avais même pris un petit Lexomil pour me calmer » dit-il en souriant « Ce jour-là, je suis avec Régine Privat » poursuit-il : et le ministre lui disant :« Vous les Antillais, vous êtes des gens susceptibles …» Parfois, il faut savoir accuser le coup, mais parfois, il faut savoir répliquer « je suis gentil, pas rancunier , mais quand je dis stop, c’est stop ! Certains vous diront que je suis dur voire décapant » A bon entendeur… Car ce que le ministre devrait savoir, c’est que ce sont justement ces micros-agressions répétées quotidiennement pendant des années, des siècles et qui  l’air de rien rendent les Ultra-marins susceptibles. « Les élus des outre-mer nous rencontrent, nous écoutent mais ne connaissent pas nos problèmes. » Il continue : « ils interviennent pour nous, mais ne sont pas nos élus ».  Ils ne comprennent pas toujours à quoi nous sommes confrontés : les discriminations aux logements  entres autres, les discriminations au sein de la polices, au sein des institutions. Les députés de notre circonscription  ne s’intéressent  pas à nos spécificités ; ils ne savent pas ce qu’est la continuité territoriale funéraire, donc nous sommes des laissés pour compte. Il nous faut un député du 6ème DOM ».

Peu lui importe ! En revanche, que le ministre des OM soit originaire de l’Outre-mer ou pas « du moment qu’il fait le taf ». Daniel Dalin tient à préciser : « le nouveau ministre vient d’être nommé et le CREFOM ne porte aucun jugement sur son action. Par contre, on a du mal comprendre que selon nos informations, il serait contre le fait que l’on manifeste ». Mais ce qui révolte par-dessus tout le président du CREFOM, c’est cet entre-soi au relent colonialiste. « Les préfets, ces gens se fichent de nous ! Les conseillers de ministres se cooptent entre eux et se fichent complètement des spécificités des Outre-mer parce qu’ils viennent de l’hexagone. Les assises, les états généraux, cela prouve qu’ils ne connaissent rien aux Outre-mer ; une belle manière de ne pas faire avancer les affaires, de noyer le poisson. Regardez l’affaire des polluants en Guadeloupe et en Martinique, c’est une catastrophe écologique. Comment peut-on empoisonner un peuple en toute impunité ? Ils en sont à un énième plan Chlordécone et pendant ce temps, il ne se passe rien pour les victimes. Les malades meurent parce que le gouvernement ne veut certainement pas indemniser ça nous ramène à notre passé. Cette lenteur à rendre justice n’est plus tolérée par les populations de la Guadeloupe et de la Martinique ».

 

« Monsieur Bismuth m’a déçu »

Nous attirons l’attention du président du conseil sur François Hollande, sous le mandat duquel le CREFOM a vu le jour. « C’est vrai, répond-il, c’est celui qui a fait le plus pour l’Outre-mer, car il avait un conseiller, Marc Vizi, très attaché, contrairement aux autres, à l’Outre-mer ». Et Jupiter ? demandons-nous, « Macron n’aime pas les Outre-mer ! » Concernant l’ex-président de la république, M. Nicolas Sarkozy, alias Paul Bismuth, l’histoire des « 10 Petits Nègres » ne passe pas, et lui reste en travers de la gorge. « Il avait déjà méprisé l’histoire de l’Afrique en disant que :  L’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Quand je pense qu’il a dit ça à Dakar c’est tout de même assez incroyable que ces gens se permette d’affirmer avec aplomb des mensonges comme ça.  J’avais du respect pour lui, et je l’ai rencontré deux fois, bien que pour moi, il a toujours été une énigme. Mais je lui reconnaissais une qualité, il a créé la Délégation à l’égalité des chances, fait nommer l’aéroport de Fort-de-France Aimé Césaire, il a fait enlever l’article de loi qui faisait référence au rôle positif de la colonisation. Il ajoute pour finir sur Sarkozy : « Néanmoins, aujourd’hui, toute l’estime que j’avais pour lui est partie. Monsieur Bismuth m’a déçu ».

Nous lui faisons remarquer que très peu de personnalités politiques d’origine ultramarine de droite sont montées au créneau sur cette affaire : « Vous savez il y a toute une équipe d’ultra-marins qui se dit très proche de Sarkozy qui se tait et qui lui trouve des excuses ; ceux-là sont en train de creuser notre tombe, ce sont eux nos fossoyeurs ».

« J’ai un profond mépris pour ceux qui n’ont aucune considération pour nous »

L’entretien se poursuit toujours sur les hommes politiques : « ils nous reçoivent, même très cordialement, promettent mais comme d’habitude, ne font rien » Daniel Dalin prend un exemple concret : « je suis allé voir Annick Girardin avec une demande bien précise, elle m’a anesthésié » dit-il. « Nous voulions que l’État remette la légion d’honneur au soldat Guadeloupéen Loïc Liber victime de l’attentat terroriste de Mohamed Merah à Montauban qui est depuis tétraplégique. C’est un militaire, et bien on lui a remis une sorte de médaille qu’on donne à n’importe quel civil après 20 ans de carrière. Voilà la reconnaissance de la France pour ses enfants originaires des Outre-mer. Quant aux médias, ils n’en ont même pas parler. Cet homme est mort socialement, ce sont quelques amis soldats ultramarins notamment Bermont KIKI qui lui permettent de supporter cette deuxième mort lente.  On donne la Légion d’honneur à des chanteurs, des sportifs et lui rien ? La ministre me dit qu’elle prend en considération ma doléance, mais que c’est la Chancellerie qui décide. Tchip !

J’ai écrit à Macron, pas de réponse, au ministre des Armées, pas de réponse » !  Excédé le président de CREFOM ajoute : « J’ai un profond mépris pour les hommes politiques qui n’ont aucune considération pour nous ». Nous arrivons au sujet crucial, le chlordécone. Les Antillais vivent leur deuxième crime contre l’humanité après l’esclavage dans l’indifférence totale. Daniel Dalin nous dit : « En dépit de toutes les tentatives déployées pour alerter l’Etat sur la catastrophe sanitaire et le génocide de ses habitants, dû à l’empoisonnement des sols par ce pesticide, et les nombreuses alertes des élus locaux, du CREFOM et des autres associations, l’Etat ne veut toujours pas reconnaitre sa responsabilité ».

La colère des Ultra-marins se manifeste aussi dans un contexte de tension entre les gendarmes et les habitants dans les territoires comme en Martinique avec l’affaire du jeune militant anti-chlordécone Kéziah Nuissier et le déchocage (Ndlr déboulonnage en créole) des statues. La France du « monde d’après Corona » sera « un champ de ruine économique ». L’exécutif, à tous les niveaux, s’étant déjà montré incapable de prendre en compte les revendications de l’Outre-mer, le climat anxiogène, imposé par le virus n’a fait qu’amplifier l’inquiétude des territoires. Les Outre-mer devront se réinventer pour ne pas mourir ou aller vers les extrêmes. C’est le scénario que retient malheureusement le président du CREFOM.

Written by Lise-Marie Ranner Luxin