Dossier. #BreonnaTaylor, abattue dans son lit : l’image symbole des meurtres contre les femmes noires

Aux Etats-Unis, des meurtres en série à l’encontre des femmes noires et transgenres

Par Lise-Marie Ranner-Luxin

 

Tout comme avec l’affaire #AhmaudArbery, il s’est passé deux mois sans aucune inculpation, alors que les policiers à l’origine du meurtre de Breonna Taylor étaient également connus. Le même avocat, Ben Crump, pour les trois victimes symboles des bavures policières, #TrevorMartin, Ahmaud Arvebery et Breonna Taylor.

 

Aux Etats-Unis les assassinats par la police sont le triste reflet d’une réalité insoutenable, et s’inscrivent dans la tradition héritée de l’esclavage et de la ségrégation. Un noir est toujours suspect, et de ce fait, systématiquement abattu. Depuis la mort de Travor Martin, la liste ne cesse de s’allonger avec souvent pour tout jugement un acquittement pour le meurtrier blanc. Mais un phénomène nouveau encore plus violent est celui de meurtres de femmes noires symbolisé par #Breonna Taylor infirmière de 26 ans tuée le 13 mars dernier dans son appartement.

 

« En Amérique, la destruction du corps noir est une tradition »

Dans son livre Une colère noire, l’écrivain Ta-Nehisi Coates dans une lettre à son fils lui écrivait : « Voilà ce qu’il faut que tu saches : en Amérique, la destruction du corps noir est une tradition, un héritage ». Cette colère noire décrit à quel point le quotidien des noirs réflète que la ségrégation, le racisme, la violence gratuite envers les noirs est encore d’actualité. Le point de départ sera la mort de Trayvon Martin en février 2012, à Sanford en Floride, et qui verra l’acquittement de Zimmermann, le tueur présumé, un an plus tard. Avec cette affaire, on assiste au début d’une série de meurtres d’afro-américains. En août 2014, Michael Brown est tué à Ferguson dans le Missouri par un policier blanc, Darren Wilson, alors qu’il n’est pas armé. Le 17 juillet 2014 à New York, Eric Garner meurt asphyxié par deux policiers après avoir refusé l’ordre de mettre ses mains dans le dos. Le 22 novembre 2014 à Cleveland dans l’Ohio, Tamir Rice, 12 ans, est tué alors qu’il jouait avec une arme factice. Walter Scott est abattu d’une balle dans le dos le 8 avril 2015 en Caroline du Sud par un policier qui le poursuit. Alton Sterling et Philando Castile, ont été tués par des policiers. Et depuis, la liste macabre n’a cessé de grandir avec cette fois, fait révélateur, le meurtre des femmes noires et transgenres.

 

« Malgré les circonstances tragiques qui ont entouré sa mort, le département n’a fourni aucune réponse concernant les faits et les circonstances de cette tragédie, ni n’a assumé la responsabilité de son meurtre insensé. »

 

L’affaire Breonna Taylor

Cette affaire est passée quasiment inaperçue au moment des faits, et a ressurgi avec l’intervention de Ben Crump, avocat des droits civils et fondateur du cabinet d’avocats Ben Crump Law de Tallahassee, en Floride, connu pour défendre les victimes noires de bavures policières. Rappel des faits, #BreonnaTaylor, une infirmière de 26 ans a été tuée le 13 mars 2020 par la police de Louisville alors qu’elle était dans son appartement, couchée avec son compagnon. La police a enfoncé la porte sans sommation, à la recherche d’un suspect qui vivait sous leurs toits. La police de Louisville a fait irruption dans la maison sans prévenir à l’aide d’un bélier, a tiré huit fois sur Breonna. Deux mois plus tard, son petit ami est toujours derrière les barreaux et personne n’a été tenue responsable de sa mort. Ben Crump a déposé plainte au nom de la famille de Breonna Taylor, exigeant des « réponses » de la police de Louisville. « Nous sommes aux côtés de la famille de cette jeune femme pour exiger des réponses du département de police de Louisville. Malgré les circonstances tragiques qui ont entouré sa mort, le département n’a fourni aucune réponse concernant les faits et les circonstances de cette tragédie, ni n’a assumé la responsabilité de son meurtre insensé ». Plusieurs personnalités américaines ont fait part de leur indignation. Parmi elles, Alexandria Ocasio-Cortez, du parti démocrate, qui a déploré : « C’est tellement déshumanisant que la famille de Breonna et beaucoup d’autres soient obligées de lancer des campagnes publiques juste pour que la vie des victimes soit reconnue et obtenir la dignité d’une justice ». Le mouvement « Black Lives Matter » a aussi déclaré : « Breonna Taylor faisait partie des professionnels de santé qui nous ont aidés à traverser cette pandémie. Mais alors même qu’elle aidait à sauver des vies, la violence policière a pris la sienne ». Malheureusement, Breonna Taylor n’est pas un cas isolé, depuis plusieurs années la violence et le meurtre à l’encontre des femmes noires n’ont fait qu’augmenter.

 

 

#SayHerName

L’opération #SayHerName « prononcez son nom » a été lancée le 20 mai 2015 par l’association de réflexion sur le genre et la diversité ethnique, African American Policy Forum (AAPF). Dans un rapport intitulé « Résister contre les violences policières envers les femmes noires », l’AAPF a voulu montrer que les femmes noires étaient tout autant victimes de brutalités policières que les hommes, car contrairement à ceux des victimes masculines, elles ne font pas les gros titres. Le silence qui entoure leur mort tue ces femmes une deuxième fois. Parmi les victimes citées se trouvent Aiyana Jones, morte à 7 ans lors d’une descente de police au domicile de sa grand-mère, Rekia Boyd, 22 ans, tuée d’une balle à l’arrière de la tête, Natasha McKenna, morte après avoir été électrocutée au Taser par des policiers, Kayla Moore, femme transgenre morte étouffée pendant une garde-à-vue, Tanisha Anderson décédée en arrivant à l’hôpital, après avoir été plaquée au sol par un policier. Et la liste continue !

 

Sandra Bland

 

Une liste macabre qui ne cesse de s’allonger

Nina Pop, une femme noire transsexuelle de Sikeston, a été tuée dans le Missouri. Il faut savoir que la violence qui menace les femmes noires transsexuelles réduit leur espérance de vie à 35 ans seulement. Nina n’avait que 28 ans. Autre cas, celui de #SandraBland, une femme noire de 28 ans qui a été assassinée dans une cellule de prison du comté de Waller, au Texas, le 13 juillet 2015, trois jours après avoir été arrêtée lors d’un contrôle routier. En 2019, Yahira Nesby est la 25ème personne transgenre tuée. La transphobie, le racisme et l’accès facile aux armes à feu alimentent une épidémie de violence qui continue à prendre des vies. Nous devons tous agir pour mettre fin à cette violence. #SayHerName.

Toujours en 2019, c’est #AtatianaJefferson qui a été tuée. #NiaWilson qui a été assassinée par un homme blanc à la station MacArthur Bart le 22 juillet 2018. Aujourd’hui, elle aurait eu 20 ans. Renisha McBride a frappé à une porte pour demander de l’aide après un accident de voiture à Dearborn Heights dans le Michigan, et a été tuée par Theodore Wafer. #EleanorBumpers, 66 ans a reçu deux balles et tuée par Stephen Sullivan de la #NYPD, le 29 octobre 1984. Et pour finir les derniers mots de Natasha McKenna pendant que les adjoints du shérif la choquaient à mort alors qu’elle était enchainée devant sa cellule de prison ont été : « Tu as promis que tu ne me tuerais pas ».

 

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