Paris Black Fashion Xperience

Au mois de septembre 2019 pendant la traditionnelle Fashion week, il s’est tenu à Paris un évènement de mode inédit au Cirque Bormann-Moreno, la première Black Fashion Xperience. 

Une initiative de Adama Paris qui a réuni toute son équipe pour nous faire vivre et partager ce moment de liesse qui mélangeait à la fois spectacle de cirque et défilés de mode, le tout dans une ambiance très chaleureuse.

A l’instar de la Fashion Week, la Black Fashion Xperience propose une mode hybride, diverse, avec une sensibilité corporelle différente. Une mode à la croisée des cultures, débordante d’une nouvelle énergie créative. La Black Fashion Xperience est une aventure à la fois culturelle, humaine et mode. Un événement clef faisant écho à cette nouvelle ère significative pour le continent africain qu’est :  l’African Dream. C’est aussi un rendez-vous incontournable pour tous les curieux, amateurs, passionnés, personnalités, anonymes et amoureux de la mode et de la culture noire.

Nous avons rencontré plusieurs créateurs certains sont plus confirmés que d’autres, nous vous proposons leurs portraits et quelques extraits filmés.

Jihane Ghoul

D’origine tunisienne, Jihane Ghoul, est une passionnée de mode. Cette autodidacte après son master, a travaillé dans le droit du travail. Elle crée des pièces uniques et sa marque existe depuis 2017.

Elle nous avoue qu’elle a toujours créé ses propres vêtements et a décidé d’arrêté son activité professionnelle en janvier 2019 pour se consacrer entièrement à sa passion. « J’ai lancé ma marque en 2017, je crée des pièces uniques pour des femmes uniques. Je suis inspirée à la fois par mes cultures tunisienne et parisienne, et ma principale source d’inspiration est ma mère. Je suis extrêmement honorée et fière d’être à la Black Fashion Xperience ».

La mode, c’est un peu la porte ouverte à tout. »

Jihane porte fièrement son voile et clame qu’il n’est pas un frein dans la mode et ni à sa création, son émancipation et celui des femmes tunisiennes. Son voile elle dit le porter avec classe. Pour elle toutes les femmes peuvent porter ses tenues, absolument toutes. Et il n’y a pas d’appropriation culturelle dans la mode. « Mes tenues peuvent être portées par les femmes occidentales. Moi, ce qui m’intéresse, c’est l’élégance, le charisme, la carrure » dit-elle. On lui cite l’exemple d’Yves Saint Laurent qui en son temps avait mis à l’honneur dans ses défilés des femmes issues du continent africain et certaines portaient le voile. Le créateur fait partie avec Azzedine Alaïa et Chanel des maisons qu’elle admire.

Quand on lui demande si la mode peut être un vecteur d’émancipation pour la femme tunisienne, elle répond : « Absolument, oui complètement. La mode, c’est un peu la porte ouverte à tout. »

Marc Bell de la marque Ethnik Vibe.

Agé de 31 ans, Marc Bell est titulaire d’un Bac C et a fait des études de management et de commerce international.  Il nous explique sa présence à la Black Fashion XPerience en ces termes : « Je remercie du fond du cœur Adama Paris, car plus qu’une designer, ou une organisatrice d’événements, elle a ouvert des portes ».

« Avant, dans la mode, il n’y avait qu’un seul type de modèle : caucasien. Aujourd’hui, on a réussi à prendre le recul nécessaire pour ne pas reproduire ce fléau qu’est le racisme. »

A 25 ans, après ses études, il reçoit un grand choc quand on lui dit clairement dit qu’il ne peut pas représenter une entreprise en France. Il décide donc de se lancer dans l’entreprenariat. « Pour moi, la mode ce n’est pas que de l’artistique, mais plutôt une forme d’expression parmi d’autres ». C’est sa mère qui lui fait faire de la danse (même classique), du théâtre, et il a même fini par faire du basketball. « C’est tout ce mélange qui fait que j’aime danser, l’art. » Il ajoute qu’il ne veut pas de photos classiques, mais plutôt avec des corps en mouvements. Ce qu’il veut c’est transmettre cette joie et cette énergie au quotidien. Il trouve que c’est important de donner la parole à ceux qui ne l’avaient pas. « A Paris, on est déjà dans le futur, il se passe plein de choses qu’on ne voit pas dans le reste du monde ». A travers ses voyages il prend conscience du changement et de l’évolution des mentalités. « Avant, dans la mode, il n’y avait qu’un seul type de modèle : caucasien. Aujourd’hui, on a réussi à prendre le recul nécessaire pour ne pas reproduire ce fléau qu’est le racisme. Le fait de ne jamais mettre en lumière que des Caucasiens, mais plutôt de les inclure, sans parler de quotas. Et c’est le cas avec la Black Fashion Xperience ». « Bravo donc à Adama Paris » ajoute t-il.

L’entretien se poursuit avec la mère du créateur qui s’est jointe à nous.

Sa mère est sa première fan et elle a fait le voyage jusqu’à Paris pour l’événement. Elle connait tout son parcours et il est très fière de l’avoir à ses côtés. « C’est un grand plaisir pour moi d’être ici à Paris et de l’avoir avec moi » Sa mère confectionnait des rideaux, et il avoue qu’il n’affectionnait pas ceux qui étaient uniformes avec les mêmes tissus. Ce sont les habits du quotidien et ceux des dimanches qui lui donnent le déclic. « C’est vraiment parti de là » dit-il. « Et un jour lorsque je me suis marié (je suis maintenant divorcé), ma mère m’a offert un tissu en cadeau et là, pour la première fois, j’ai vu le potentiel, je me suis demandé ce que j’allais faire avec toutes ces compétences. J’ai étudié le commerce international et le management, et c’est avec ce tissu blanc, jaune et noir que j’ai commencé à faire mes premiers vêtements. Ça été le début de cette phase à la fois descendante et ascendante ».

Aujourd’hui, on vit dans un monde où la mode créer pour que les gens puissent consommer, moi, j’essaie de créer des vêtements de qualité, durables, qui ont du sens au lieu de faire de la « fast fashion ».

Marc Bell précise en parlant de sa mère que bien qu’étant sa source d’inspiration, il crée aussi bien pour les hommes que les femmes. « J’essaie de créer des vêtements pratiques » dit -il. « Aujourd’hui, on vit dans un monde où la mode créer pour que les gens puissent consommer, moi, j’essaie de créer des vêtements de qualité, durables, qui ont du sens au lieu de faire de la « fast fashion ». Quand on demande à la mère du styliste si elle est fière de son fils, elle nous répond avec fierté quelle est éblouie, c’est la troisième fois qu’elle voit ses créations, mais que cette fois, elle est carrément, scotchée ! Mais elle reconnait qu’elle y est toutefois pour quelque chose, car la couture est une affaire de famille. « Je faisais de la couture, sa grand-mère aussi était une grande couturière. Effectivement, je lui ai offert un lot de tissus, de tous genres, et tout est parti du Brésil, tout doucement. Et il l’a développé, je suis vraiment éblouie. Et cela s’est vu dans le final tout en danses, show et joie ».

Oumar Dicko

Oumar Dicko est un jeune styliste né d’un père malien et d’une mère belge. Il a grandi et réside en Belgique et est étudiant en dernière année de Master à l’Académie royale des Beaux-arts. Très timide, et visiblement impressionné par les lieux, il n’est pas encore à l’aise avec la caméra. Il nous confie avec émotion son ambition d’intégrer une grande maison de couture tout en ayant une carrière parallèle de styliste pour femme.

Son inspiration il la puise dans ses deux cultures, mais depuis son plus jeune âge, il a toujours été fasciné par la vie quotidienne malienne, et par Chris Seydou, Alpha Dy, tous les grands créateurs africains.  « J’ai toujours trouvé primordial de connaître l’histoire de la mode africaine avant de commencer ma marque ».

Il aimerait en revanche intégrer une grande maison comme Saint-Laurent à cause de son histoire, et ses références avec les mannequins noirs comme Katoucha, Bakayoko. « Ce sont toutes de très grandes inspirations, des femmes sublimes ». Il mesure la chance qu’il a de faire partie de cette première Black Fashion Xperience, et juge l’expérience positive. « Merci à Adama de m’avoir donné cette chance en tant que jeune créateur » dit-il la voix pleine d’émotion.

Written by Lise-Marie Ranner Luxin