MEDIAS : Hommage au journaliste Jean-Michel Denis

Et Jean-Mi s’en est allé.

Par Hortense Assaga, journaliste

 

Le journaliste Jean-Michel Denis, amoureux des scènes africaines, s’est éteint à 67 ans le 16 mars à Paris, emporté par l’infection au Covid-19.

 

Coronavirus, je me permets de te tutoyer et de ne t’accorder aucune marque de respect. Toi, qui ces temps-ci, préoccupes le monde entier. Tu fais du mal, tu blesses, tu fatigues, tu confines, tu tues.

Oui, tu ôtes la vie, telle une faucheuse, plus rapide que son ombre. Coup sur coup, chaque jour, parmi les milliers de victimes à ton actif, tu nous as enlevé des êtres chers. Mais sais-tu seulement à qui tu t’en es pris en emportant Jean-Michel Denis?

Sais-tu qui il était ? Combien on l’aimait ? Alors, comme tu es ignorant, laisses-moi te le dire. Laisse-nous t’informer.

Pas de bol pour toi Coronavirus, en arrachant la vie à Jean-Michel Denis, tu t’es attaqué à un monument du journalisme. Un « défenseur de la culture africaine » comme me l’a dit, émue, la romancière camerounaise Calyxte Beyala. Ceux qui ont côtoyé cet homme jovial, te diront la même chose : la culture c’était son truc. Lui qui a pendant des décennies, parlé avec sa plume dans Afrique Magazine ou Paris Match. Reportages, portraits, rencontres, étaient ses sujets de prédilection. En véritable ambassadeur des cultures du sud, il se faisait un devoir d’être présent sur tous les fronts. Pas un festival en Afrique ou aux Antilles sans lui, son badge autour du cou. Accrédité numéro Un ! Avec son style reconnaissable, sa décontraction linguistique et sa rigueur d’analyste, on reconnaissait un article écrit par lui, même sans la signature. Un professionnel toujours à courir, de la scène aux coulisses, en quête de découvertes, de pépites ou de talents confirmés. Et bon camarade en plus, même si parfois grognon!

Pour Martine Zimmerman, journaliste allemande et amie: « Jean-Michel était sympa, drôle, cultivé, intelligent. Il partageait ses connaissances avec générosité. On a passé de si bons moments ensemble dans les maquis d’Abidjan. Un fou de musique qui ne visionnait pas des films en avion, mais écoutait les playlists. Un vrai journaliste, ni fan des nombreuses vedettes qu’il connaissait bien, ni publi-reporter, mais exigeant dans son métier. »

Un autre confrère, Julian Weber, ajoute :« Quelle perte ! Je le trouvais très gentil et j’aimais sa façon de rire de moi, tout en m’aidant. Moi, le journaliste allemand qui ne parlait pas un mot de français à Abidjan. »

L’Afrique justement ! Abidjan qui est certainement la grande histoire d’amour de Jean-Mi. Le lieu où battaient en chœur ses sens. Là-bas, il y a son amoureuse, la belle Pélagie dont il parle tout le temps. Son africaine à lui, le caribéen. Son double, son plus un incontournable, un couple fusionnel, façon « ton-pied, mon-pied ».

Abidjan, c’est aussi la ville des Magiciens du groupe Magic System, des artistes qui lui sont chers. Asalfo, son frère et leader et le Femua, le Festival des Musiques urbaines d’Anoumabo. Ce rendez-vous culturel dont il a couvert dix éditions avec gourmandise. Abidjan, définitivement son lieu de vie, ses maquis, sa douceur appréciée par ce bon vivant incorrigible. C’est là-bas qu’il aspirait à poser ses valises et y couler des jours heureux prochainement. En bon grand-père !

Coronavirus, à ce stade, tu dois également savoir que Jean-Michel aimait tant la musique live qu’il lui arrivait de rester éveillé toute la nuit, pour voir son artiste ou son groupe préféré en spectacle. Même fatigué, les yeux mi-clos ou le corps qui crie pitié, on le croisait dansant, devant le podium.

C’était en avril 2019. C’était le Femua 12 et nous étions ensemble Jean-Mi. Au pied de la scène. Au son du groupe Extra Musica et de son leader Roga Roga qui t’as salué au micro. Avec engagement, phasant, enjaillant, tu étais à côté des quelques irréductibles qui, pour rien au monde n’auraient voulu être ailleurs. Ces danseurs insomniaques autour de notre Jean-Michel en t-shirt jaune, heureux, ivre de musique, esquissant ses désormais célèbres pas de danse- genoux croisés-pliés, balancement gauche-droite, se reconnaitront !

Alors, tu vois Coronavirus, laisses-moi te dire que Jean-Michel Denis n’est pas mort, il a seulement changé de salle de concert, de piste de danse ! C’est sûr qu’il ambiance déjà là-haut au son de Papa Wemba, Prince, Franco ou du nouvel arrivant Aurlus Mabelé. Il doit être tôt le matin ou même tard le soir, ils sont au panthéon des artistes.

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