Décès de Karima de la Fonky family, égérie des « Bad Boys de Marseille »

Par Lise-Marie Ranner-Luxin

 

C’est Karim Haddouche alias Sat l’Artificier qui l’a confirmé sur Twitter. Le décès de Karima remonterait au printemps 2019, mais le chemin des uns et des autres s’étant séparé, ce n’est que mercredi que la triste nouvelle a été officialisée. Celle qui avait posé sa voix sur le tube Les bad boys de Marseille, chanson de l’album Métèque et Mat est morte depuis un an et demi donc, et on ne l’apprend que maintenant. Encore un mystère et un suspense ?

 

 

La bande son de l’histoire

Dans la Rapologie des années 90, un groupe appelé la Fonky Familiy, pose aussi le pied sur la Planète Marseille. Un petit pas pour la Cannebière, un grand pas pour le Rap français. FF est composée de Rat Luciano (Christophe Carmona), Sat l’Artificier (Karim Haddouche), Don Choa (François Dilhan), Menzo (Mohamed Ali), Pone (Guilhem Gallart), Fel (Karim Laoubi) et DJ Djel (Djelalli El-Ouzeri). A l’époque, pratiquement tout le milieu du Hip Hop se réclame de la Zulu Nation et de ses valeurs avec son mot d’ordre “Peace, unity and having fun”. On s’invite, et comme personne nous représente, alors on le fait nous-même. C’est tout naturellement donc que la Fonky et IAM, « nés sou la même étoile », et qui s’étaient rencontrés à un concert, enregistrent Les bad boys de Marseille. C’est l’âge d’Or du Rap en France, et celui qui va façonner le son de la FF, c’est Pone. La légende raconte qu’il aurait produit, autour de 2000 sons entre 1995 et 2012. C’est aussi lui qui rencontre Karima et la présente au reste de la bande.

 

 


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Par amour du gang

Karima avait intégré la FF pendant ma période funk du groupe, parce que ses membres voulaient des refrains chantés. Les voix féminines sur des morceaux de Rap ont toujours été une valeur ajoutée. Comme ses consœurs Vitta et Jalane, Karima donne vie à n’importe quel sample. Elle avait déjà posé sa voix sur un morceau du Rat et de Choa et tout le monde avait vraiment accroché ; ils lui font comprendre qu’elle fait partie du groupe. Elle accepte par amour du gang, de la musique, sans doute, sans négocier de parts aussi. FF qui fait de la marginale musique, l’a faite monter sur scène le fameux soir où ils rencontrent IAM. C’est ainsi qu’elle se retrouve sur Métèque et mat, en 1995. Le clip qui a tous les codes du film de gangsters à la Scorsese est tourné à New York par Florent Siri, réalisateur de Nid de guêpes, Otage et la série Marseille sur Netflix.

 

Haute tension

Entre La Fonky Family et Karima, ce n’était pas La guerre, mais Sat cherche pas à comprendre : « Le truc, c’est que depuis qu’on avait pris un virage plus dur, elle avait de plus en plus de mal à trouver sa place dans l’équipe, jusqu’au moment où on s’est rendu compte que c’était plus la peine… Ça s’est terminé froidement. Elle a voulu arrêté le chant pour se mettre au rap mais ça ne collait pas ». Quant à DJ Djel, il l’avait perdue de vue depuis des années.

 


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Sans rémission

Pone, de son vrai nom Guillem Gallart, annonce entre-temps une bien triste nouvelle. En 2015, on lui diagnostique la maladie de Charcot, une sclérose latérale amyotrophique, une maladie neurodégénérative grave qui se traduit par une paralysie progressive des muscles, de la respiration, de la parole. Il ne compose plus que par le seul organe mobile qui lui reste : son œil. Justement, Troisième œil, IAM, Fonky Family, Faf Larage, K. Rhyme Le Roi, s’étaient réunis à temps pour Le retour du shit squad Kassded. Prémonition.

 

 

Aux absents

Le regretté DJ Mehdi, disparu en 2011, qui tenait Pone pour le meilleur producteur de sons de sa génération, n’est plus là pour voir son Petit frère dans cet état. La semaine dernière, on apprenait également la mort de DJ Duke, celui qui était aux platines du groupe Assassin. Le Hip Hop français perd, les uns après les autres, ceux qui ont fait cet âge d’or du Rap français. La vie de rêve ? Karima rêvait sans doute d’un destin à la Queen Latifah, d’une Eve, ou encore d’une Foxy Brown. Ah si seulement elle les avait écoutés, ses frères de la Fonky. Art de rue, Gloire à la rue, chantait la Family, c’est à la rue que finira Karima. Karima avait aussi chanté sur deux autres titres d’Akhenaton, qui lui a rendu un bel hommage mercredi. Les affaires reprennent pour Akhenaton : le confinement n’aura pas eu raison du Pharaon de Marseille. Pas question de finir dans un sarcophage ni passer du côté obscur de la force. La garde meurt mais ne se rend pas. Peut-être reverrons-nous au printemps, enfin Si Dieu veut…

Written by Lise-Marie Ranner Luxin