« Alright », le trauma américain vu par #KendrickLamar

Une autopsie du malaise américain.

Par Médina Koné

 

Kendrick Lamar manifestait à Compton contre le racisme et les violences policières organisée par #BlackLivesMatter. Pour rappel, en 2015, il sortait « Alright » : une photographie sociale évoquant les discriminations, la haine raciale, les plafonds de verre, la désillusion. Véritable bombe musicale pour les puristes du Hip-Hop, les fans de cultures urbaines, et même pour les sociologues qui sentent la déflagration déclenchée par la mort violente de George Floyd. Flashback sur le titre « Alright », la bombe de  Kendrick Lamar qui décrivait la fracture que vivent les afro américains.

 

 

La révolte des opprimés

Flash back sur la dernière décennie. Les noirs américains ne taisent plus leurs souffrances, ne tolèrent plus les violences, le rideau qui cache la réalité d’une Amérique qui se consume vole au vent. Childish Gambino et tant d’autres s’engagent en poussant à son paroxysme l’art visuel et le sens de la narration d’une tragédie américaine. Les connaisseurs savent qu’ils perpétuent la « tradition « des rappeurs engagés ». L’avantage de cette génération d’artistes repose sur la force de la viralité. Il faut le souligner, les réseaux sociaux mettent à nue le meilleur et le pire de ce dont est capable l’humain. La vérité crasse souffle avec vigueur sur le voile de la supposée respectabilité de l’Amérique post crise de de 2008 et pro Donald Trump notamment. Les 30 glorieuses sont loin derrière, il faut repenser le monde, rabattre les cartes, tenir compte de la réorganisation des puissances mondiales, admettre que le local dépend aussi de ce qu’il se passe à l’international, poser les bases solides du peuple à la bannière étoilée.

Les américains sont las des dépressions à répétition, de la fragilité des individus, conscients de la compétition économique. Les voici en quête d’une transformation de leurs bases culturelles, sociales et économiques pour répondre aux enjeux actuels. En somme, cette Amérique des années 2000 n’est plus docile, elle veut comprendre, être actrice de sa vie !

2020 marquera le glas de l’attentisme. Il aura suffi d’un virus aussi mystérieux que cruel, le Coronavirus, pour raviver les braises ardentes des inégalités. Fait marquant, la pandémie touchera les plus discriminés, les Noirs. Soulignant l’écrasante réalité d’une Amérique injuste, le COVID19 rappellera que la toute puissance économique n’appartient qu’à une poignée et que les clivages sociaux sont sclérosés depuis les années 60. Au même moment, la Chine redémarre la course au capitalisme triomphant. Le constat est brutal mais il faudra un drame pour faire trembler l’édifice. Il aura fallu qu’un homme noir, à terre, déshumanisé, écrasé par ce que la société produit de plus laid, pour que la révolte sociale gronde.


Lire aussi : Il y a 25 ans, #LaHaine dénonçait les brutalités policières

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Flaskback

En France, nous avons connu la phrase culte « jusqu’ici tout va bien » dans le film  La Haine  de Mathieu Kassovitz. Aux Etats-Unis, c’est à travers Kendrick Lamar que viendra une version américaine qui explosait les tympans et les esprits.« Alright » est une œuvre mêlant narration, revendication, expression d’un constat, analyse psychologique de l’effet d’un system oppressant. Pas de demande de revanche, pas d’appel à la haine et c’est bien là la force de de ce titre. Appuyé par un Pharell Williams à la production et sublimé par un clip renversant au propre et au figuré du réalisateur Colin Tilley, il upgrade le niveau de compréhension de ce que vit le peuple américain. « Black Lives Matter » sera le néo mouvement civique de l’Amérique du 21ème siècle. Ce clip, que j’aime nommer court métrage à la photo impeccable, est un déferlement d’images ralenties, la démonstration d’une écriture qui tranche avec les sempiternels plans de quartiers emplis de jeunes en bas des tours… 5 ans après, nous y voilà. Les cloisons explosent. Les noirs ne se taisent plus et de nombreux blancs ne veulent plus de cloisonnement. L’art a ceci de particulier qu’il reflète souvent les aspirations du moment. We’re gonna be alright !

PRODUCTION : Pharell Williams
REFRAIN : Pharell Williams
CLIP : Colin Tilley

Traduction du titre « Alright » Kendrick Lamar
site Slate.fr :

« Toute ma vie j’ai dû me battre, nigga.
Toute ma vie… [Référence à La couleur Pourpre, d’Alice Walker, où le personnage de Sofia, incarné à l’écran par Oprah Winfray (elle-même véritable symbole de la violence dont sont victimes les femmes noires aux États-Unis) dit: «All my life I had to fight.»]
Des moments difficiles, genre « Seigneur!»
Des bad trips genre, «Seigneur!»
Nazareth, j’suis bousillé
Mon pote t’es bousillé
Mais si Dieu nous prend sous son aile
Alors tout ira bien

Refrain
Nigga, ça va aller
Nigga, ça va aller
Ça va aller
Tu m’entends, tu me sens? Ça va aller
Nigga, ça va aller
Hein? Ça va aller
Nigga, ça va aller
Tu m’entends, tu me sens? Ça va aller.

Hé, et quand je me réveille
Je comprends que tu me reproches la baisse de salaire
Mais en douce on te mate, de la tête aux pieds [face down : c’est aussi une référence aux policiers qui allongent les suspects sur le ventre pour les menotter]
Quel Mac 11 explose avec les basses en sourdine
Combine! Laisse-moi te raconter ma vie
Les antalgiques ne font que m’envoyer dans un crépuscule
Où les jolies chattes et Benjamin [Franklin, sur les billets de 100 dollars] sont les stars
Dis à maman que je l’aime mais j’suis comme ça, le Seigneur le sait,
Y en a 20 comme eux dans ma Chevy, dis-leur tous de venir me chercher
Récolter tout ce que je sème, que mon karma se réalise
Pas d’audience préliminaire au paradis,
Alors mon casier [judiciaire] et mon putain de gang peuvent rester silencieux à la barre
Dis au monde que je sais qu’il est trop tard
Les putes, les filles, je crois que je suis dingue
Noyé dans mes vices toute la journée
Crois-moi je t’en prie quand je dis

Quand tu sais
On nous a blessés, mis à terre déjà
Nigga, quand ma fierté était humiliée
Je regardais le monde en disant genre «On va où, nigga?»
Et on déteste les flics
Veulent nous tuer dans la rue, c’est sûr
Nigga, je suis devant la porte du prêtre
J’ai les genoux qui tremblent, et mon flingue va peut-être partir
Mais ça va aller

Refrain
Nigga, ça va aller
Nigga, ça va aller
Ça va aller
Tu m’entends, tu me sens? Ça va aller
Nigga, ça va aller
Hein? Ça va aller
Nigga, ça va aller!
Tu m’entends, tu me sens? Ça va aller.

Tu veux quoi, une maison, une bagnole?
40 acres et une mule, un piano, une guitare ?![pendant la guerre de Sécession, certains esclaves noirs croyaient qu’une fois libérés ils auraient droit à 40 acres, soit 16 hectares de terre, et une mule pour les cultiver. Dans les faits une fois affranchis très peu d’entre eux reçurent des terrains]. (c’est aussi la société de production de Spike Lee)
N’importe quoi, tu vois, je m’appelle Lucy, je suis ton chien
[dog en anglais, soit l’anagramme de God, tout comme Lucy est une référence à Lucifer]
Connard, tu peux vivre au centre commercial
Je peux voir le diable, je le vois bien quand c’est illégal,
J’y pense pas, je dépose un zéro sur deux à la banque
En pensant à ma copine, j’mets la peinture qui brille [jeu de mot candy paint: laque pour voiture mais candy en argot c’est aussi la dope ou le sexe] sur la Regal
J’fouille dans ma poche, c’est pas assez de thunes pour te nourrir
C’est ma logique de chaque jour, trouve un dollar de plus pour te garder
Aux côtés de ton chico [mec]…ah !

J’en parle pas, j’y suis, tous les jours j’vois des trucs cool
Si j’en ai alors tu sais que t’en as, le paradis, je peux t’atteindre
Chienchien, chienchien, chienchien, mon chien, c’est tout
Détends-toi et discute, je deale pour vous tous
Je rappe, chuis un black bien dans les clous, t’inquiète
Ce que je fais de bien et de mal, c’est ok jusqu’à ce que je sois réglo avec Dieuµ

Quand tu sais
On nous a blessés, mis à terre déjà
Nigga, quand ma fierté était humiliée
Je regardais le monde en disant genre «On va où, nigga?»
Et on déteste les flics
Veulent nous tuer dans la rue, c’est sûr
Nigga, je suis devant la porte du prêtre
J’ai les genoux qui tremblent, et mon flingue va peut-être partir

Mais ça va aller
Nigga, ça va aller
Nigga, ça va aller
Ça va aller
Tu m’entends, tu me sens? Ça va aller
Nigga, ça va aller
Hein? Ça va aller
Nigga, ça va aller
Tu m’entends, tu me sens? Ça va aller.

Je garde la tête droite
Croix de bois croix de fer, si je mens je vais en enfer
M’aimer c’est compliqué
Trop peur, ça change tout le temps
Moi ça va, et tu es mon chouchou
Des nuits noires dans mes prières

Je me souviens que tu étais embrouillé
Tu utilisais ton influence de traviole, et moi aussi parfois
J’abusais de mon pouvoir plein de rancœur
Rancœur qui se transformait en dépression profonde
Je me retrouvais à hurler dans la chambre d’hôtel
Je voulais pas m’autodétruire
Les maléfices de Lucy m’entouraient
Alors je me suis enfui pour trouver des réponses

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