Hommage à la cantatrice martiniquaise Christiane Eda Pierre, l’une des plus belles voix du XXème siècle

Par Lise-Marie Ranner-Luxin

 

La cantatrice martiniquaise est décédée ce dimanche 5 septembre, à l’âge de 88 ans, en France. Christiane Eda Pierre, une immense voix du XXe siècle, a chanté sur toutes les grandes scènes musicales de France et du monde, et fut aussi une importante pédagogue. Elle était l’Ange de Messiaen pour la création de Saint François d’Assise à l’Opéra de Paris en 1983. Une femme exceptionnelle, une voix divine.

 

 

C’est le travail acharné de Christiane Eda-Pierre conjugué à un talent précoce dans une discipline qui n’était pas ouverte à la diversité, qui en a fait l’une des plus belles voix, et qui lui a permis d’avoir une carrière d’une longévité exceptionnelle. L’avocate martiniquaise, Catherine Marceline lui avait consacré un ouvrage sous-titré : Une vie d’excellence.

 

Née dans une famille où baignent l’excellence et la Négritude

Christiane Eda-Pierre est née à Fort-de-France en 1932, dans une famille d’intellectuels noirs et bourgeois très connue. Fille de William Eda-Pierre journaliste et d’Alice Nardal, professeur de musique, elle a baigné dans un creuset de sommités défendant les valeurs noires : Aime Césaire, sa tante Paulette Nardal, Pierre Aliker, Léopold Sedar Senghor. Elle s’initie à l’âge de 7 ans au piano auprès de sa mère, avant de s’installer à Paris à l’âge de 17 ans. Elle finira par abandonner le piano pour le chant, et intégrer, peu après, le Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, dont elle sort trois ans plus tard, en 1957, avec les honneurs. « Je me suis faite toute seule, grâce à mon travail » dira-t-elle plus tard.

 

Première cantatrice noire à faire une carrière d’envergure

Moins d’un an après son prix du conservatoire, Christiane Eda-Pierre fait ses débuts à Nice en 1958 en interprétant « Leila » dans Les pêcheurs de Perle. Une prestation repérée qui lui amènera de plus en plus de rôles prestigieux. En 1960, elle est engagée dans l’Opéra-comique. Dans ses différents concerts, elle rencontre les plus grands chefs d’orchestres : George Solti, Colin Davis et Karl Bohm. Avec ce dernier, elle interprète « Constance » dans L’enlèvement au sérail. Christiane Eda-Pierre va se produire par la suite sur les plus belles scènes du monde. Ovationnée aux États unis, dans la salle mythique du Metropolitan Opéra de New York, elle a aussi chanté avec les deux plus grands : l’Espagnol Placido Domingo, chanteur d’Opéra et chef d’orchestre (Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach) et le ténor italien Luciano Pavarotti (Rigoletto). En 1980 à Central Park, la cantatrice martiniquaise chantera devant 300.000 personnes.

 

Une reconnaissance suffisante ?

Christiane Eda-Pierre le soulignait avec force et conviction : « ma réussite, je la dois à mon talent et à mon travail, car le talent seul ne suffit pas, il faut travailler ». Elle sera faite Chevalier de la Légion d’honneur en 2008 après 30 ans de carrière, et commandeur des arts et des lettres.  Après une exposition en mars 2019 sur sa carrière organisée par la Collectivité Territoriale de la Martinique (CTM) et deux concerts de la fondation d’entreprise SPhere, le hall d’entrée de Tropiques Atrium à Fort-de-France porte son nom.

 

Fabrice Di Falco : « Un exemple, un modèle d’intégrité et de rigueur »

Christiane Eda-Pierre qui était également une excellente pédagogue, a marqué une génération de ténors afro descendants. Pour le chanteur lyrique et organisateur du concours « Voix des Outre-mer », Fabrice Di Falco : « Elle était une personnalité exceptionnelle. Elle a voyagé dans le monde entier, chanté avec Mady Mesplé, Placido Domingo, Luciano Pavarotti. C’est une personne hallucinante. Elle a su imposer son style, sa voix, sa personnalité, son rire. Elle n’a jamais oublié d’où elle venait, la Martinique ». Loïc Felix, Chanteur lyrique, ténor guyanais lui a également rendu hommage : « C’est avec une vive émotion que j’apprends la disparition d’une grande dame qui m’a tout appris et révélé vocalement. Les chanteurs lyriques antillo-guyanais perdent leur potomitan »

Written by Lise-Marie Ranner Luxin