#Côte d’Ivoire. #DJArafat, l’an 1 de la mort du « Roi du coupé-décalé », entre recueillements et festivités

Par Franck Affian (Abidjan)

 

Décédé le 12 août 2019, le « Daishikan », l’artiste ivoirien le plus adulé de sa génération sera honoré pendant une semaine. Démarrées le samedi 8 août par des recueillements sur le lieu de l’accident, les cérémonies d’hommage au premier anniversaire de la mort de DJ Arafat se termineront, en fanfare, le samedi 15 août par une parade de motards. Au vu de la période politiquement délicate, et du fait des antécédents des « Chinois », une réunion sécuritaire de crise s’est tenue entre les membres de l’organisation et les forces de l’ordre d’Abidjan.

 

Coup de tonnerre à Abidjan ce fameux lundi 12 août 2019, dans la matinée à la polyclinique des 2 plateaux ! Dj Arafat, l’artiste le plus adulé de sa génération, est déclaré mort, des suites d’un accident de moto. Il avait été admis la veille, dans le coma. Baromètre du coupé-décalé, sa mort a laissé un vide dans le genre, et au-delà, la musique urbaine ouest-africaine. Depuis, le genre semble étouffé, par manque de challenge à marche forcée que lui imposait le Daishikan. D’aucuns diront que le coupé-décalé a enfin trouvé une accalmie que ne troublent plus ses sorties intempestives sur les réseaux sociaux. Tandis que d’autres, friands de ses clash à répétition, en sont nostalgiques.

 

Un hommage qui divise

Un an que l’artiste n’est plus, et l’hommage prévu, semble prendre la même trajectoire que sa vie, mouvementée. En effet, une dissension semble prendre forme entre les parties en présence : Tina Glamour, la mère de l’artiste, et Olopatcha, l’ami de toujours.

 

Cérémonie de funérailles au stade d’Abidjan en 2019

Lors d’une conférence de presse du 13 juillet au bar « L’acoustique » sis à Cocody Vallon, sa mère Tina Spencer Glamour, désormais à la tête de la Yôrô Gang, a donné le tempo. « La Yorogang aujourd’hui est constituée de Badro, Yves Jay Jay, Youyou Toit Rouge, Djitou… Des personnes qui ont compris qu’on ne combat pas la maman de son ami. On ne combat pas la maman d’un artiste… La Yorogang et moi, sommes les organisateurs officiels de la levée de deuil de Dj Arafat…On ne peut pas me surpasser; c’est fini ça… La mère de la Chine, c’est moi. L’épouse du président de la Chine, c’est elle (parlant de Carmen Sama, la veuve de DJ Arafat) et la Yorogang, c’est eux… Ce sont mes enfants ; ils m’ont dit : maman, tu n’es pas seule. J’ai certes perdu un fils mais je n’ai pas perdu une famille artistique ».

À l’occasion de cette même conférence de presse, des tee-shirts à l’effigie du Daishikan (dernier pseudonyme de DJ Arafat) ont été mis en vente par Yves Roland Jay Jay, chargé de la communication de la Yôrôgang. Des personnalités du showbiz local, notamment Eunice Zunon, Eudoxie Yao, Kedjevara Dj, Dj Mix et même Debordo Leekunfa son ex-ami et rival ont exhorté leurs différents fans à s’en approvisionner.

DJ Arafat et sa mère, Tina Glamour

Mais « Olopkatcha l’empereur », fidèle compagnon de Dj Arafat, a dénoncé cette aventure individuelle. Dans une vidéo publiée sur sa page Facebook, il interpelle Roland Jay Jay :

« C’est vrai que tu es le chargé de communication de la Yorogang », a-t-il dit, « mais avant de prendre une telle décision, tu aurais du prendre la peine d’appeler les autres membres pour décider de la part à reverser à la famille. De plus, le prix des tee-shirts -15 000 Fcfa (environ 23 €) -, n’est pas à la portée de tous les chinois (fans d’Arafat)… Il ne faut pas chercher à t’enrichir sur le dos de Dj Arafat … De son vivant, il ne voulait pas que ses tee-shirts soient chers…Parfois, il demandait de les distribuer gratuitement à ses fans parce que ce n’est pas l’argent qui l’intéressait mais plutôt leur amour… ». Il a donc exhorté les fans  à ignorer la vente de ces tee-shirts, en déclarant, trivialement que  « Le fan de Dj Arafat qui achèterait ce tee-shirt serait bête… Ne les achetez pas car nous ne savons pas la destination des produits de la vente. Achetez plutôt le CD pour offrir le disque d’or à notre artiste… », a-t-il conclu.

 

Des festivités éclatées

Démarrées le samedi dernier par des recueillements sur le lieu de l’accident, les cérémonies d’hommage se tiendront dans des bars et boîtes de nuit jusqu’au samedi prochain.

Une messe d’action de grâce est prévue ce mardi 11 août, suivi d’une cérémonie de libation à Blockhaus avec les membres de sa génération :Arafat ayant grandi dans ce village Ebrié de la commune de Cocody, il appartient à titre honorifique à une des générations dudit village que l’on peut voir dans son clip « Agbangnan ». Une journée qui sera clôturée par un déjeuner au « Desaltero » (Angré), le bar de sa mère, Tina Glamour.

 

Le mercredi 12 août, jour J de cet hommage, sera consacré à plusieurs festivités dans divers lieux de la ville d’Abidjan. : des concerts prévus sur le lieu de l’accident, au stade du quartier d’Angré et à l’Internat, un maquis de Yopougon, avec son orchestre et ses danseurs. Le jeudi, Blockhaus, le village de son enfance lui dédiera des festivités coutumières et traditionnelles Atchan (autre nom des Ebriés). Samedi, la journée de clôture sera couronnée par une parade de motards en fin d’après-midi.

 

Retour sur une nuit mémorable

Dans la nuit abidjanaise du 11 août, dans l’effervescence prolongée de la fête de la Tabaski, aux alentours de 23h, une moto s’élance à vive allure, l’avant cabré… 100 m plus loin, elle finit sa course folle dans le dos d’une automobile, projetant son conducteur sans casque dans les airs… une foule de badauds accourent secourir l’infortuné motard, et découvre, gisant sur le bitume, l’artiste africain le plus influent de l’année, le triple détenteur des Koras Awards (distinction continental artistique), détenteur du Kundé d’or, MTV Africa Award… Le blessé est évacué dans une grande clinique de la même commune.

La foule de ses admirateurs baptisés « Chinois » du fait de leur grand nombre, apprend qu’il est dans le coma. Et quand plus tard, la Radio Télévision Ivoirienne (RTI) annonce officiellement son décès, c’est la stupéfaction ! Et une longue période de deuil envahit le pays.

Le déroulé de ses funérailles grandioses, au stade Felix Houphoüet-Boigny, entaché de rumeurs mystiques, n’ont réussi qu’à créer un doute parmi des « Chinois » qui refusaient, toujours de croire en la mort de leur champion. La suite, le monde le découvrira, avec stupéfaction, et horreur ! La profanation, en direct, de la dépouille du « Roi du coupé-décalé ». Une image insoutenable, indigne, qui a choqué tous les internautes -.

 

 

Pourquoi DJ Arafat déclenche-t-il autant de passions ?

Houon Ange Didier à l’état civil, le prince du coupé décalé est issu d’une famille connue de la musique ivoirienne : son défunt père Houon Pierre alias « Wompi » est un arrangeur renommé ; sa mère, la sulfureuse Logbo Valentine alias Tina Glamour, est plutôt connue pour ses prestations hot et ses propos trash. C’est dans cet univers que cet enfant  est naturellement pris par le virus de la musique ce qui n’est pas du goût du père qui espère le tenir loin du milieu du showbiz. Il se retrouve chez sa grand-mère à Yopougon (quartier populaire abidjanais) au début des années 2000 dans la fleur de l’adolescence… Technicien de surface dans un maquis de Yopougon, il s’exerce dans la cabine du DJ pendant les heures de fermeture. Les Djs titulaires du maquis lui permettront de faire des sessions de sélection et d’animation. Ainsi naît la légende de DJ Arafat, surnom hérité d’amis libanais à cause de son fort caractère, mais tout le milieu de l’animation de l’époque sait son admiration pour l’animateur du groupe congolais « Extra Musica » du nom de « Arafat Mwana ». Talentueux comme celui à qui il emprunte ce pseudo, Il est vite débauché par le réputé maquis « Le Shanghaï » de la célèbre « rue princesse » – tiré du film éponyme du réalisateur français Henry Duparc-. Du fait de son jeune âge et de son talent, il devient l’attraction de l’établissement…

Après des apparitions sur des titres de Molare (numéro 2 de Doug Saga) et DJ Jacob (DJ ivoirien officiant dans des boîtes africaines à Paris à la genèse du phénomène musical), il sort premier titre « Jonathan », en hommage à un ami DJ décédé, lui aussi, d’un accident de moto! Premier coup d’essai, premier coup de maître.

 

 

Arafat, l’influenceur publique

En 2015, Forbes Afrique le désigne « artiste le plus influent du continent à l’international ». Pour sa musique, mais aussi pour l’influence qu’il a sur sa génération, surtout les jeunes « de la rue », qui voient en lui un modèle d’abnégation, de persévérance et de réussite. Sa « succes story » de « self-made man » parle à ces jeunes qui lui empruntent ses expressions et ses tenues vestimentaires. C’est la mort de ce leader d’opinion qu’ils ont tant refusé, au point de profaner sa tombe !

 

La bataille pour le contrôle des « chinois »

De plus, quelque jours seulement après sa mort, son Yôrôgang (le gang de Yôrôbô, un autre de ces nombreux pseudos), une sorte de bureau exécutif qui regroupe ses proches amis et son staff, se fissure. Pour des problèmes de leadership. Au-delà, Tina Glamour les accuse d’avoir volé son fils aux premières heures de son décès, pendant que les premiers l’accusent d’être une mère indigne jusque dans la mort de son fils !

Hormis l’héritage matériel qui divise, il y a son public, ces millions de « Chinois », de 12 à 30 ans (et parfois plus âgés) répartis dans plusieurs pays d’Afrique. Celui qui réussira à conquérir ce public aura, symboliquement, gagné l’héritage.

Ainsi, la Yôrôgang, même divisée, se veut l’héritier légitime des « chinois ». Qui de sa mère Tina et de la Yorogang en héritera ?

Un an après, les tensions et divisions engendrées par la mort de DJ Arafat, sont encore d’actualité… Il est plus que probable que l’événement officiel commémorant l’an 1 de son décès, sera organisé tel que décidé par la partie dirigée par sa mère !

Written by La Rédaction