Bruxelles. L’euro-députée Pierrette Herzberger-Fofana, victime de brutalité policière [Vidéo]

La Rédaction

 

D’origine malienne, l’eurodéputée allemande Pierrette Herzberger-Fofana (Verts/ALE) a pris la parole le mercredi 17 juin au Parlement européen, pour dénoncer la brutalité policière dont elle a été victime la veille à la Gare du Nord à Bruxelles. « J’ai été traitée de façon humiliante », a-t-elle déclaré. Elle a donc porté plainte pour « violences policières à tendance raciste », alors qu’elle prenait des photos d’une intervention visant « deux jeunes noirs ».

 

 

Ce témoignage intervenait avant un débat sur les manifestations antiracistes à la suite de la mort de George Floyd, asphyxié lors d’une intervention policière à Minneapolis (Etats-Unis). En ouvrant sa séance, le Parlement européen a observé une minute de silence en mémoire de cet Américain devenu le nouveau symbole mondial de la lutte antiraciste.

Dans son intervention, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a dénoncé le racisme et toute forme de discrimination, et a appelé à en parler « ouvertement et honnêtement« . « Nous tolérons le racisme depuis beaucoup trop longtemps« , a-t-elle proclamé.

 

 

« Violences policières et acte discriminatoire »

« J’ai été victime de violences policières et d’un acte discriminatoire à tendance raciste« , a dénoncé l’élue allemande née au Mali, à l’ouverture de la séance plénière.

Mme Herzberger-Fofana sortait mardi de la Gare du Nord à Bruxelles lorsqu’elle a aperçu « neuf policiers harcelant deux jeunes noirs« , a-t-elle témoigné.

 

« Je porte plainte pour moi mais aussi pour les autres personnes qui sont victimes de ce genre de violences policières et qui n’ont pas la force ou le courage de porter plainte »

 

Alors qu’elle prenait des photos de la scène avec son smartphone, elle affirme que des policiers le lui ont arraché des mains et lui ont demandé de se placer face au mur. « J’ai refusé explique-t-elle. C’est à ce moment-là que quatre policiers m’ont poussée contre le mur, les jambes écartées, les mains en l’air. C’était une situation  très humiliante pour moi parce que personne ne veut vivre cela. Et je n’ai rien fait ».

« J’ai dit que j’étais députée au Parlement européen, mais ils ne m’ont pas crue. Alors qu’ils avaient en main le laissez-passer du Parlement et mon passeport allemand, ils m’ont demandé ma carte de résidence en Belgique« , a poursuivi l’élue.

L’avocat de Pierrette Herzberger-Fofanan, Alexis Deswaef, confirme qu’une plainte a été déposée auprès du procureur du Roi. « Je porte plainte pour moi mais aussi pour les autres personnes qui sont victimes de ce genre de violences policières et qui n’ont pas la force ou le courage de porter plainte » explique encore la députée européenne à notre micro.

 

Selon la Police, « elle s’est immiscée dans l’intervention »

« Hier après-midi, un contrôle d’identité a été effectué par une équipe de police rue d’Aerschot. Deux personnes ont été contrôlées car elle avait un comportement suspect. Ce contrôle a eu lieu dans le cadre des patrouilles de sécurisation du quartier car une agression violente a encore eu lieu ce week-end dans ce quartier-là », a déclaré Audrey Dereymaeker, la responsable de la communication de la zone, à la RTBF.

Audrey Dereymaeker, a aussi donné des détails sur les raisons qui ont poussé les policiers à contrôler Mme Herzberger-Fofana. « Madame a tout à fait le droit de filmer l’interventionMais là, elle s’est immiscée dans l’intervention car elle a notamment interpellé les policiers. Et lorsqu’une personne intervient et s’immisce dans une intervention, il est possible de procéder à un contrôle d’identité. En particulier quand la personne tente d’interpeller des badauds et donc de créer elle-même un incident. L’intervention était très tendue et dans ce cas-ci, nous ne sommes pas du tout devant le simple fait de filmer l’intervention ». Un PV a été dressé car « les propos tenus par la députée et la manière dont elle s’est adressée aux policiers ont poussé le magistrat à demander aux policiers de dresser un PV pour outrage ».

 

« La couleur de sa peau n’est pas étrangère à ces brutalités »

Le co-président du groupe des Verts/ALE, Philippe Lamberts, a dénoncé l’intervention policière. « Pierrette Herzberger-Fofana n’a commis aucun délit« , a-t-il souligné en rappelant la légalité de filmer des interventions policières. « Je ne peux m’empêcher de penser que la couleur de la peau de Mme Herzberger-Fofana n’est pas étrangère à ces brutalités« , a-t-il ajouté. Tout en reconnaissant les difficultés du métier de policier, il a souligné que le monopole de la violence légitime détenu par la police lui imposait « retenue et discernement. » Il a exigé « toute la lumière » sur cette intervention et « des sanctions appropriées« .

Le président du Parlement, David Sassoli, a invité l’élue allemande à lui préciser les faits afin de demander des éclaircissements aux autorités belges.

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