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Youssoupha, new mood

Par Hortense Assaga.

Actuellement en tournée française, Youssoupha vient de sortir son dernier clip “Pétrole” après la réédition de son album Neptune Terminus. Prestation sur la scène du Femua 14 et résident abidjanais, c’est riche de nouveautés que se présente à nous l’artiste Youssoupha lorsque nous le rencontrons à Abidjan, la grande métropole ivoirienne où il vit désormais.

L’homme a changé, mûrit, rappe plus doux, comprendre plus relâché et surtout, on le sent bien dans son retour au continent natal. C’est de cela qu’il nous entretient. Rencontre.

Black News : Comment as-tu accueilli ton invitation à revenir au Femua et aussi le fait que la RDC soit le pays invité de ce festival ?

Youssoupha : Triplement honoré parce que c’est assez rare que les gens reviennent au Femua. C’est A’salfo qui m’a personnellement appelé pour me convier. Très honoré parce qu’on a toujours eu des rapports chaleureux. J’ai déjà participé au Femua, j’ai fait des featurings avec Magic system. Il a été aussi l’un de mes parrains lorsque je suis venu m’installer ici. (Abidjan NDLR). Il a été un grand frère remarquable. Et après, quand j’ai appris la thématique, je lui ai dit « tu m’invites, j’ai ma place. Je t’en aurais voulu dans le cas contraire » (rires). Finalement, tout tombe sous le sens. Ça se passe à Abidjan, je vis là. Les enfants ont leur école à un quart d’heure.

Black News :  Fils de Tabu Ley, l’hommage à Papa Wemba, la RDC, à quel titre c’est important pour toi ?

Youssoupha : La RDC est un pays riche de culture et de musique, on reconnait le style de vie à la congolaise. Les gens disent les Z, parce que c’est même devenu une marque déposée. C’est la bande originale. A’salfo et les Magic System ont du goût, ils sont raffinés, ce n’est pas pour rien que les Papa Wemba et Koffi Olomidé sont passés au Femua. Symboliquement, Papa Wemba a quitté ce monde par cette scène. Je le prends comme un hommage à la rumba. A travers Inoss’B, le rap, le soukouss, les genres musicaux du Congo sont à l’honneur. Quand le Femua invite la RDC, c’est pour la musique, mais aussi pour l’art de vivre. La manière d’être.

Black News : « Entrepreneuriat et employabilité des jeunes » est le thème du volet social de ce Femua 14. Tu as réussi dans la musique, comment cette dernière peut être génératrice d’emplois pour la jeunesse africaine ?

Youssoupha : La chose la plus importante quand on parle de cette thématique, c’est l’inspiration. Quand on parle de jeunesse africaine, les talents sont là, tout est possible. A’salfo est un exemple de quelqu’un qui vient de très loin. Le A dans Femua, c’est Anoumabo. Anoumabo, c’est le ghetto, la cité. Regardez ce qu’il a accompli ! Que ce soit pour l’emploi ou la musique, voir que des grands frères ont pu réussir, rend le projet viable, possible. C’est ce dont la jeunesse africaine a besoin. Si nous, à notre niveau, on peut inspirer cela en tant qu’artiste ou entrepreneur et transmettre des messages d’accomplissement et de réussite, c’est une bonne chose.

“Je ne veux pas être un encart publicitaire disant de revenir en Afrique. Ça ferait cliché, car chacun a son histoire. J’aime que les gens retiennent que c’est possible. “

Black News : Tu dresses un pont, tu es né à Kinshasa et a grandi en France avant de revenir t’installer à Abidjan. Comment vis-tu ce phénomène de repat’ ?

Youssoupha : C’est le mot consacré. Je le vis bien dans ma vie quotidienne. Ma vie est un parcours. Je suis né à Kinshasa. A dix ans, je suis parti en France, j’ai vécu dans un quartier HLM et quand j’ai commencé à m’en sortir, j’ai pu changer de ville. Quand je suis allé à la Fac, à la Sorbonne, ça m’a déplacé aussi. Ce sont des parcours de vie. Mon objectif n’était pas de revenir en arrière, c’est une évolution. C’est peut-être pourquoi je ne suis pas allé à Kinshasa. Je voulais découvrir quelque chose de nouveau. C’est aussi mon histoire familiale puisque mon épouse est née au Tchad, et a eu beaucoup de déplacements dans sa vie. La Côte d’Ivoire est un bon compromis, on a pu y installer nos projets et ça nous va bien. Je ne veux pas être un encart publicitaire disant de revenir en Afrique. Ça ferait cliché, car chacun a son histoire. J’aime que les gens retiennent que c’est possible.

“Pendant longtemps, on nous a fait croire que la France, l’Europe étaient une fin en soi. Partez avec l’idée qu’il n’y a pas que là-bas que les gens réussissent, s’épanouissent.”

Pendant longtemps, on nous a fait croire que la France, l’Europe étaient une fin en soi. Il y a des choses formidables en Europe, aux Etats-Unis, dire le contraire serait mensonge. Partez avec l’idée qu’il n’y a pas que là-bas que les gens réussissent, s’épanouissent. Quand on me demande pourquoi j’ai quitté la France pour Abidjan, je dis que c’est pour avoir une meilleure qualité de vie. Je sens bien que ça fait un accident dans leur cerveau. Ils se disent que l’Afrique, c’est le sida, les guerres et les famines, donc tu ne peux pas avoir une meilleure qualité de vie. Juste casser ce truc-là et après, chacun fait selon ses dispositions. L’Afrique, c’est le présent.

Black News : Comment changer les mentalités ?

Youssoupha : Ça passe par une rupture des complexes dans les deux sens. Complexe de supériorité parce que l’Europe. Et complexe d’infériorité parce que l’Afrique. Ça n’aide pas à l’émancipation. En revenant ici, je le prends avec humilité. Je ne viens pas d’Europe en sachant. Je viens apprendre la vie. On s’en sortait avant moi ici. Il faut venir apprendre ou réapprendre. Certains ont peur de ne pas y arriver. Eh bien, ce n’est pas grave, ce ne sont pas les Jeux Olympiques, il faut repartir. Ne vous enlevez pas cette possibilité !

Black News : Comment tous ces sujets inspirent ta création ?

Youssoupha : Beaucoup. Ça m’inspire beaucoup et me permet de finir un cycle. J’étais dans un contexte parisien qui m’a beaucoup galvanisé. Après la présidentielle, par exemple, il y avait un contexte social, où les rappeurs pouvaient avoir envie de parler d’Eric Zemmour ou de Marine Le Pen, sauf que j’ai déjà été en procès avec ces gens-là, il y a dix ans. Je ne veux pas que ma vie soit sur leur agenda. J’avais envie de voir autre chose pour parler d’autre chose. Dans une chanson, je dis que je suis moins lourd, moins crispé parce que mon mode de vie a changé. Je l’assume. Je suis en pleine création et récréation.

Black News : Le public…

Youssoupha : Oui, ce n’est que de l’amour. Je me sens porté. En Afrique, je suis porté. C’est un privilège. Les gens me portent, ici à Abidjan, c’est dingue. J’étais en concert à Conakry, au Rwanda, en RDC, je ne t’en parle pas. J’ai de la chance, je le prends comme un amour à rendre.

Black News : Que faut-il te souhaiter ?

Youssoupha : Souhaitez à ma famille, à moi et à tous, la santé et qu’on puisse avoir des opportunités. Quand je parle au ciel, je ne demande pas des voitures ni de l’argent, mais des opportunités. Le reste, on peut le faire.

Youssoupha en tournée en France : 25/10 Troyes,  30/10 Lille, 25/11 Creil, 3/12 Aubervilliers… Toutes les dates ici 

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