Vidéo. Paco Man’Alma, de la Martinique à Dior

Par Lise-Marie Ranner-Luxin

Originaire de la Martinique, et fils de Daniel Marie-Alphonsine, qui fut chef d’orchestre du groupe légendaire La Perfecta, Paco Man’Alma est venu à la mode par sa mère Danièle, couturière, qui lui a transmis l’envie de confectionner, et Daniel son père, le goût pour la musique.

 

Un environnement familial déterminant

Pour ceux qui connaissent un peu la Martinique, le restaurant Chez Rosette
bien connu au Robert, petite commune du Sud de la Martinique, et dirigé par sa grand-mère et sa mère, est le lieu où Paco Man’Alma a fait ses premières armes. Rien de mieux que la restauration pour apprendre la rigueur. Observer le ballet incessant de ses deux cuisinières investies à la préparation des plats, et tenir à bout de bras une affaire pour nourrir une famille modeste et nombreuse, voilà qui forge une détermination sans faille. Heureusement pour Paco, ses deux parents sont aussi des saltimbanques qui vont lui transmettre tous les deux à leurs manières deux arts qui, aujourd’hui, font de lui un artiste comblé et complet. Ses parents conscients de la voix artistique qu’il avait choisie comme il aime à le dire, ne l’ont ni encouragé, ni empêché.

Le goût des belles matières et du travail bien fait

La mère de Paco talentueuse couturière, était chargée de confectionner les
tenues de scène pour le groupe La Perfecta, avec des broderies et des
paillettes. « Quand on est un enfant, ça illumine et développe l’imagination ».
C’est de cette femme très courageuse que le jeune garçon tient ce goût des
belles étoffes. Du courage, il en fallait pour ouvrir une petite
boutique de mercerie et investir dans une machine à coudre dont le coût
exorbitant ne l’a pas découragée et qui lui a permis développer une clientèle à qui elle fabriquait des vêtements sur mesure. Et c’est en regardant sa mère, en recopiant les patrons, que le jeune Paco se forme, apprend. Il imagine donc une alternative à l’uniforme obligatoire dans les collèges et lycées de la Martinique, son imagination n’a pas de limites. « C’est la première sensation de s’habiller soi-même, je n’aime pas le formalisme ». Sa mère lui ayant laissé le champ libre, il décide que la couture serait son métier, et ce malgré une désapprobation de sa famille paternelle très conservatrice. Ses parents qui lui ont inculqué des valeurs simples, le laisse continuer dans sa voie, et il choisit un CAP et ensuite un BEP couture comme filière.

« Ils ont une philosophie et une technique de travail, qu’ils apprennent depuis le plus jeune âge » Paco à propos des tailleurs turcs.

 

A Paris, tout devient possible grâce à une annonce

Quand la famille vient s’installer à Paris pour des raisons de santé de sa sœur, Paco se rend vite compte qu’il est en avance sur sa scolarité. Il apprend qu’une annonce de la « Rue Blanche » propose un concours de costumier et spectacle. Sur les 150 candidats qui passent le concours, il est admis parmi les 10 lauréats. Il devient habilleur fait de la réfection, mais doit repasser le concours au bout de deux ans pour cette fois devenir costumier qui était son choix de départ.
Une fois le concours réussi, il fait des costumes pour des plateaux de télé, de
cinéma et surtout des costumes d’opéra notamment pour Nathalie Desay avec laquelle il part en tournée et travaille sur l’opéra Lakmé. Il en garde d’ailleurs un souvenir impérissable. Quand Paco Man’Alma est appelé chez Saint Laurent, il est dans un premier temps très sceptique devant la maigreur et la pâleur des mannequins de l’époque, les canons de beauté ne correspondent pas à ce qu’il attendait. Mais c’est en travaillant auprès des tailleurs turcs qu’il se perfectionne à la Haute Couture. Pour lui ce sont les meilleurs en la matière.« Ils ont une philosophie et une technique de travail, qu’ils apprennent depuis le plus jeune âge ». Au début des années 2000, Saint Laurent part à la retraite ; fort des trois années passées dans cette illustre maison, Paco Man’Alma se rend chez Dior, appelé par un ami d’origine martiniquaise comme lui. Le jeune homme travaille chez Dior Homme pour Hedi Slimane, où il redéfinit la mode masculine, et passe en tête du palmarès devant les autres maisons de couture.

Dior, il adore, et ça fait 20 ans !

Aujourd’hui, Paco Man’Alma est responsable du bureau d’étude chez Dior. Cette équipe compte  17 personnes plus les ateliers. Il devait y rester un an et cela fait 20 ans que l’histoire d’amour continue grâce à une bonne ambiance qui favorise le dynamisme. Il nous explique la différence entre
le styliste qui dessine et le bureau d’étude qui réalise. « Le styliste rêve, le
modéliste réalise ». Bien qu’il s’y sente bien, Paco Man’Alma a pourtant prévu dans son management, qu’il partirait pour laisser la place à sa seconde qui est très douée et très compétente. Et s’il a un conseil à donner à un jeune, c’est de regarder les métiers où on demande de la compétence, qui sont le plus souvent des métiers manuels, plutôt que les métiers qui sont tendances, mais qui font partie de la spéculation et seront amenés à disparaître. Quant à ses parents qui, aujourd’hui sont installés à la Guadeloupe, ils suivent sa carrière avec grand intérêt sans toutefois comme il le dit en faire des tonnes sur sa réussite car ils sont restés simples.

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