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Reportage. FLAM : Festival du livre africain de Marrakech

  • FLAM
  • Ananda Devi et Gladys Marivat
  • Ken Bugul, Abdelaziz Baraka Sakin, Mahi Binebine
  • Fatimata Wane
  • Ananda Devi et Younès Ajarraï
  • Mackenzie Orcel et Ernis
  • FLAM-Festival-du-livre-africain-de-Marrakech
  • Tanella Boni, Fatima Wane, Ernis et Djaïli Amadou Amal

Reportage. Par Hortense Assaga

C’est à Marrakech l’africaine que se sont rassemblés certains des plus grands noms des lettres africaines. Durant quatre jours, du 9 au 23 février, s’y est tenue la première édition du Festival du Livre Africain de Marrakech (FLAM).

FLAM : un rêve africain

A l’origine de ce festival, il y a un rêve africain.  Celui de voir ce vaste continent et ses diasporas dialoguer, échanger, partager afin de mieux se connaître. Et quoi de mieux que la littérature, qui ouvre les imaginaires et déconstruit les préjugés ?

Pour y parvenir, ils s’y sont mis à quatre. Mahi Binebine, l’artiste rassembleur et faiseur, l’enfant de Marrakech. A ses côtés, la journaliste férue de culture Fatimata Wane. De la partie aussi, Younès Ajarraï, le Délégué Général et Hanane Essaïdi, Professeure de littérature. Ces passionnés ont mis ensemble leur carnet d’adresse et aussi leur génie créatif pour faire de cette première édition un événement fondateur. C’est peu de dire qu’il y avait affluence au Centre Culturel  « Les Etoiles de Jemaa El-Fna » en plein cœur de la Médina. L’événement gratuit attirait un public curieux comme ces jeunes écoliers et étudiants  venus écouter, découvrir, mettre des visages sur des noms-stars de la littérature. Le tout dans une ambiance populaire et propice aux échanges pour une grande première qui a rassemblé la communauté africaine du livre.

Une affiche grandiose ;  Imaginez plus de quarante auteurs de renommée parmi lesquels : Djaïli Amal, Ken Bugul, JMG Le Cléziot, Ananda Devi, Rodney Saint-Eloi, Tanella BoniAbdelaziz Baraka SakinAbdourahman Waberi, Blaise Ndala, Mohammed Bennis, côtoyant de jeunes plumes d’Afrique et de la diaspora. Et aussi de grands noms de l’art contemporain ensemble : Barthélémy Toguo, Nù Barreto, Abdoulaye Konaté. C’est  une Afrique culturellement unie qui s’est retrouvée autour d’expositions, de cafés littéraires, palabres, grands entretiens, lectures et autres rendez-vous gastronomiques et festifs pour dire en toutes lettres majuscules et au monde, que désormais, il faudra compter avec le FLAM. Le Festival qui rapproche et  réunit.

Retrouvez mes rencontres de cette première édition.  

Fatimata Wane – Journaliste et Co-organisatrice du Flam

Black News : Quelle est la genèse de ce festival ?

Fatimata Wane : C’est d’abord un rêve. On part d’un rêve et d’un constat. Avec Mahi Binebine qui est un grand écrivain et aussi peintre marocain. On part de ce constat que de part et d’autre du Sahara, les peuples se parlent peu. Ne se connaissent pas beaucoup et les auteurs ne circulent pas. Il n’y a pas un lieu où est donné aux auteurs africains et de la diaspora de se rencontrer. On s’est dit : faisons-le ! Mahi Binebine est un faiseur, il fabrique des choses, c’est un écrivain. C’est quelqu’un qui est plus dans l’action que dans la parole. De mon côté ça fait des années que je travaille autour d’un projet qui s’appelle Action Africa Culture.  Mon idée c’est de poser des actions, mêmes les plus petites,  un peu comme des pierres, pour favoriser l’émergence et la promotion de la culture africaine. C’est la rencontre de deux envies  à un moment opportun.  Après, c’est la beauté de la chose. La magie a pris  les gens ont compris et adhéré au projet pour aboutir à cette magnifique manifestation.

BN : Pour une première édition, il y avait du beau monde. Comment avez-vous fait pour fédérer toutes ces personnes ?

FW : Au départ on a fait au plus simple. On a appelé d’abord nos amis. Etant dans ce milieu et connaissant beaucoup d’auteurs, plus Hanane Essaïdi qui est professeure de littérature ici, on a mis ensemble notre carnet d’adresse. Le premier cercle a été incroyable, ils nous ont dit oui, sans connaître notre démarche. Peut-être avaient-ils confiance ? On a de grands auteurs qui sont venus et ça nous touche qu’ils aient joué le jeu.

BN : A quel titre c’est important que ça se passe ici au Maroc ?

FW : C’est une vraie question. Mahi Binebine est un vrai marrakchi. Marrakech et lui c’est la même chose. Il fallait le faire chez lui. On a discuté  et puis il a dit on va le faire. Et quand il le dit, il fait. Il a appelé les sponsors car la partie financière est très importante. C’est quelque chose qu’on n’aurait pas eu dans d’autres pays. Quand on a appelé les gens à Marrakech, ils ont absolument tous été ravis et partants et nous ont soutenus dans le projet.

BN : On connait la place parfois ambiguë de la culture sur le continent. Avez-vous conscience de poser un acte fondamental avec ce festival ?

FW : On n’a pas cette ambition au départ. On voulait mettre les gens ensemble pour qu’ils se parlent. Quand les gens ne se parlent pas, c’est là que se niche le début de la violence et des conflits souvent basés sur la méconnaissance. Les peuples ont besoin de se parler. Et le meilleur véhicule pour voyager en restant sur place, c’est la littérature. C’est la meilleure façon d’aller vers soi, parce que la littérature nous invite à une introspection, et aussi d’aller vers l’autre. La littérature permet de vivre d’autres vies métaphoriques et au plus juste. C’est dans la littérature qu’il y a la vérité. On aimerait que les gens reçoivent comme on l’a donné. Notre intention est noble et on espère que les gens vont recevoir et partager. La culture c’est la seule chose au monde qui se multiplie quand on la partage.

BN : Que faut-il vous souhaiter pour les prochaines éditions ?

FW : On espère le soutien du public et de la presse. C’est important que les médias relayent ce qu’on fait pour que les gens viennent de plus en plus nombreux. On travaille déjà à la prochaine édition. Il faudrait plus de soutiens financiers pour que les choses se passent encore mieux. Lisez ces auteurs, allez vers la littérature.

BN : Je vous sais férue de mots et de littérature, le festival c’est comme ouvrir un cadeau?

FW : A titre personnel, c’est un rêve. Je connais personnellement plusieurs de ces auteurs  et jamais on n’a le temps. Déjà, il y a des affiches un peu comme dans le sport : Réal- Barça, la Coupe du Monde ou une affiche de concert où vous auriez toutes vos idoles d’un coup sur scène, ça n’arrive jamais. Tout le monde est sur scène en même temps, il y a un mélange de génération, des styles très différents, de la poésie, du roman, des essais, c’est comme si vous aviez toutes vos stars sur scène en même temps. C’est du jamais vu, c’est un bonheur parce que la réception est très bonne. Et puis on les invite à se rencontrer. Il va naître peut-être des projets de ces rencontres, peut-être que vous verrez en librairie des choses qui sont nées ici au FLAM. Ça serait pour nous un immense honneur. Ça voudrait dire qu’on a planté cette graine, cette flamme pour que toute la culture s’embrase. Et que partout rayonne cette culture africaine merveilleuse qui sera connue et reconnue à sa juste place.

Le Slam de Ernis

Ernis est une poétesse, slameuse et auteure camerounaise, lauréate du Prix Voix d’Afrique 2022. Son premier roman « Comme une reine » a été très remarqué. Elle déclame ici un texte lors d’une nocturne au festival.

Quand tu viendras chez moi, j’ai toutes les couleurs.

Viens ! Quand tu viendras chez moi viens me donner un peu de ta grandeur.

Un peu de ta petitesse.

Un peu de ta beauté.

Un peu de ta laideur.

Je te servirai du koki, du sorgho, du kwem, de l’attieké.

Quand tu viendras chez moi, viens.

De Mbouda, d’Abidjan, de Paris, de Memlat.

Viens de Marrakech.

Et quand tu viendras chez moi, viens.

Parce que tu es ma poésie

Parce que poésie est mon talisman, je la cherche dès l’aube.

Sans elle mon âme s’alanguie.

Elle est le verbe de mes lèvres.

Mais quand tu viendras chez moi, viens.

Viens comme tu es avec tes rêves

Mais quand tu viendras chez moi,

Viens !

Ananda-Devi

A la librairie avec Ananda Devi

Femme de lettres à succès, Ananda Devi est une des têtes d’affiches de la première édition du Festival du Livre Africain de Marrakech. C’est à la petite librairie érigée pour l’événement que nous l’avons rencontrée.  

Black News : Que faites-vous ici ?

Ananda Devi : Je participe au festival. Je suis enchantée de revoir des amis et puis c’est le premier festival du livre africain à Marrakech, c’est une façon aussi de découvrir cette littérature. Et puis de parler de chaussures (rires) – (Plus tôt dans la journée, j’avais littéralement flashé sur sa paire d’escarpins très originaux).

BN : Lors de votre intervention, vous avez parlé de l’importance d’avoir des bibliothèques ? C’est à la bibliothèque que vous avez eu votre rencontre avec l’Afrique ?

Ananda Devi : Absolument. Ça été toute ma vie la bibliothèque. Dès que j’ai su lire. Je suis née en 1957, c’étaient des années où il n’y avait pas de télévision, pas d’écran. C’était l’émerveillement, le voyage. On ne pouvait pas partir de la petite Île Maurice. C’était la manière de découvrir l’univers. Et je crois que ça l’est toujours. Ça me semble tellement important de continuer, que les bibliothèques vivent, que les parents amènent les enfants prendre des livres. Je suis là pour chercher des livres pour mon petit-fils qui a six ans. Ce sera toujours le miracle de la première découverte du monde, c’est à travers les livres.

BN : Même à l’ère du numérique ?

Ananda Devi : Oui. Je pense qu’avec le numérique on est dans le transitoire, la rapidité. Il faut tout de suite, très vite avoir une information dont on a besoin, mais on ne va pas l’explorer, l’approfondir. On passe très vite à autre chose. Une image en chasse une autre, une information chasse l’autre. Je vais défendre ma paroisse du roman. Avec le roman, les lecteurs sont un peu dans un pacte avec l’auteur et vont vivre avec ces personnages, que ce soit pendant un jour ou une semaine ou quelques heures. Ils sont dans un temps d’arrêt et de réflexion, hors de toute cette turbulence, tout ce tumulte du monde, mais qui va peut-être leur permettre de mieux comprendre les autres.  

Emma – Libraire 

Black News : La Petite librairie by Emma de Marrakech.

Emma : « J’ai crée cet espace avec Stéphanie de la Librairie des insolites. On a une sélection jeunesse magnifique. Cent pour cent Afrique. On a même fait venir des livres de Douala au Cameroun. On est très fières de vous présenter cette sélection.»

BN : Que pense t- on de ce festival quand on est libraire ?

Emma : Ce festival, c’est rendre visible encore plus de livres. C’est avoir l’occasion de présenter notre fond aussi car on travaille toute l’année. C’est aussi le plaisir de vous dégoter des petites pépites qui ne sont pas du tout dans la grosse distribution. Des choses spécifiques et qui peuvent avoir une résonance particulière ici  Marrakech et au Maroc. L’idée c’est quand même de remettre le Maroc dans son africanité. C’est tout le sens du festival. Bonne lecture. Profitez. Venez découvrir. Soyez curieux.

Rodney Saint-Eloi

Rodney Saint-Eloi, est un auteur prolifique. Poète, essayiste, éditeur, il est le fondateur de la maison d’édition Mémoire d’encrier. Il a participé au Café littéraire ayant pour thème : Résonances Afrique /Caraïbes. Je lui ai demandé s’il avait accepté naturellement de participer  à la première édition du Festival Flam ? Et ce qu’il pense de cet échange entre l’Afrique et la Caraïbes?

« Je suis toujours en désir d’Afrique, parce que je ne connais pas. L’Afrique c’est une donnée inconnue ou bien une donnée rejetée. Ça fait partie de ce qu’on appelle des angles morts de ma propre histoire en tant qu’haïtien, donc en tant qu’africain de la diaspora. On m’a appris à même regarder de haut l’Afrique, comme si ce n’était pas moi. »

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