DJ U-Roy, pionnier du toasting, est mort !

U-Roy

Interviewé par Awal Mohamadou

 

Le reggae est encore en deuil. Après Tonton David, décédé le 16 février dernier, c’est au tour de l’une des icônes du reggae qui vient de nous quitter. Son dernier tweet sur sa page officielle date de 2013. Longtemps malade selon Dennis Alcapone qui a annoncé la mort du pionnier du toasting, à travers un vibrant hommage qu’il lui rend ici, U-Roy serait décédé hier, à l’âge de 78 ans. Nous avions réalisé une interview lors de son album « True Born African », produit par Mad Professor en 1991, que nous vous proposons ici.

 

Ewart Beckford OD est né le 21 septembre 1942 à Jones Town, Jamaïque. Plus connu sous le nom de scène U-Roy, il est l’un des pionniers avec Yellowman du DJ toasting. Il commence sa carrière en 1961 et joue avec les plus grands parmi lesquels King Tubby, Lee « Scratch » Perry, Peter Tosh, Bunny Lee et Lloyd Daley. Nous l’avions rencontré lors de la sortie de son album True Born African/Né Africain

Black News : Parlons maintenant de ton album True Born African. Où l’as-tu enregistré ?

U-Roy : A los Angeles, c’est Mad Professor qui l’a produit et remixé.

BN : C’est votre première collaboration ?

UR : Oui, au mois de mars, j’étais allé le voir à Los Angeles où il donnait un concert avec Macka B. Il est venu vers moi et m’a dit qu’il aimerait bien que je fasse quelque chose pour son label (Ariwa). Au début, je ne l’ai pas pris au sérieux, je lui ai juste donné le numéro de téléphone de mon agent. Il a appelé, on a fait le deal ; ça s’est passé très vite.
 
BN : Comment travaille-t-il ?
UR : Je vais te dire, je n’ai jamais enregistré un album aussi rapidement ; j’ai fait les voix en trois jours ! Treize morceaux en 3 jours ! On en a retenu douze. Professor est très attentif, il laisse tourner les bandes, il écouté ; il avait déjà préparé les musiques, et j’ai fait les textes.
 
BN : Prenons quelques titres, de quoi parle « Birds Of A Feat » ?
UR : C’est un oiseau noir qui parle à un oiseau blanc. La chanson dit : « Blancs et Noirs devraient vivre en paix. Il faut arrêter de s’entre-déchirer ».
 
BN : « Money Money « 
UR : L’argent ne peut pas tout acheter. Si tu n’as pas d’argent, si tu n’as plus rien, je resterai toujours ton ami.
 
BN : Il y a beaucoup de voix féminines sur l’album…
UR : Tu parles de Sandra Cross, Koffi, Sister Audrey… Elles font partie de la famille Ariwa. Pour moi, ce n’est pas une nouveauté de chanter en duo. Tout à l’heure, on évoquait « NattyRebel », remarque bien qu’à l’époque, je chantais déjà en duo, mais avec des hommes. Pour True Born African, on a voulu changer, faire quelque chose de différent. Les chœurs féminin ont vraiment leur place.
 
 

« Pour un rasta, l’Afrique est primordiale. Nous savons d’où nous venons, nous savons où nous allons. Babylone a toujours voulu rabaisser tous ceux qui ne partagent pas ses valeurs. »

 
 
 
BN Pourquoi True Born African ?
UR : Pour un rasta, l’Afrique est primordiale. Nous savons d’où nous venons, nous savons où nous allons. Babylone, ce système a toujours voulu rabaisser certaines personnes : les Noirs et les Blancs qui vivent avec eux, tous ceux qui ne partagent pas les valeurs de Babylone.
 
BN : Depuis quelques temps, le reggae revient en force dans les charts internationaux. Une partie du public blanc le redécouvre et l’apprécie. Cela tient à quoi ?
UR : Je crois que les gens prennent vraiment conscience de la puissance du reggae. Ils commencent à se lasser des musiques… immédiates. Ils recherchent quelque chose de plus profond.
 
BN : A ton avis, pourquoi est-ce UB 40 qui tire le plus grand profit de cet engouement ?
UR : Tu oublies Maxi Priest, Aswad, Shabba Ranks. Quant à UB 40, je vais te dire, ils sont là depuis longtemps et c’est une question de promotion, c’est tout.
 
BN : C’est la seule raison ?
UR : Oui, écoute, UB 40 est un bon groupe. Ces types aiment vraiment le reggae. Ils prennent des vieux morceaux et les réactualisent. Après, ils bénéficient d’une bonne promotion.
 
BN : Dernière question : as-tu un message particulier à adresser au public français ?
UR : Je sais que les gens apprécient ma musique ; je leur en suis reconnaissant. J’adresse une spéciale dédicace à tous les deejays parisiens.

 

L’hommage de Dennis Alcapone

R I P Daddy Hugh Roy. Roi de tous les DJs, maître de son art. Mon inspiration pour entrer dans l’arène des DJs. Des nouvelles vraiment tristes en provenance de la Jamaïque. Même si nous savions que le professeur n’était pas bien pendant un certain temps, il est encore difficile d’entendre parler de sa disparition. Cet homme a changé le cours de la musique jamaïcaine lorsqu’il a réveillé la ville et a dit aux gens qu’un nouveau son arrivait. Un nouveau genre de musique est né. La musique de Hugh Roy s’est répandue comme une traînée de poudre. On pouvait l’entendre à la radio et, quand on passait devant un bar, elle jouait dans les juke Box et les enfants chantaient les Hugh Roy Songs. Hugh Roy dominait les hit-parades. Il avait 123 chansons sur les hit-parades radio. Les chanteurs de l’époque ne pouvaient pas y jeter un coup d’œil. Certains chanteurs ont commencé à être DJ. C’était un cas de « si tu ne peux pas les battre, rejoins-les ». Hugh Roy réalise son premier disque pour le producteur Keith Hudson. La chanson est appelée Dynamic Fashion way. Mais ce n’est que lorsqu’il a franchi les portes du Treasury Isle Studio que tout a commencé. Sa première chanson pour le producteur Duke Reid fut « Wake The Town ». Suivi de « Rule The Nation » et « Wear You To The Ball ». Hugh Roy est notre héros dans le monde des DJ. Travel Good King DJ Daddy Roy. Votre travail sur la Terre est terminé. Vous nous avez laissé un héritage de musique à apprécier pour les générations à venir. Des tubes après des tubes, trop nombreux pour être mentionnés. Découvrez la musique de Daddy Hugh Roy sur YouTube. Que ton âme repose à jamais en paix, professeur. Parti mais jamais oublié Ewart Beckford alias U Roy. Condoléances à sa famille et à ses amis. Salut à un roi. ????????

 

Written by La Rédaction