#BlackOutTuesday. Elles ont réussi à appuyer sur le bouton « Pause » de l’industrie musicale

Par Lise-Marie Ranner-Luxin

 

 

Le mardi 2 juin l’industrie musicale avait lancé le « Blackout Tuesday », appelant à une journée de grève pour dénoncer les violences policières contre les Afro-Américains. Cette initiative, créée par deux femmes noires du milieu musical, a largement été reprise sur les réseaux sociaux, #TheShowMustBePaused. Dans une interview accordée au Billboard, Brianna Agyemang, et Jamila Thomas, racontent cette épopée et leur projet pour la suite.

 

 

Fatiguées après George Floyd, Ahmaud Arbery, Breonna Taylor

Fatiguées de l’injustice raciale qu’elles voyaient à la fois dans les rues et dans les couloirs des entreprises qui profitaient de la musique noire, et surtout après la mort de Georges Floyd, Brianna Agyemang, 32 ans, et Jamila Thomas, 35 ans, s’étaient téléphonées le vendredi précédent, le 29 mai. Avant de raccrocher, elles décident qu’une journée de réflexion et de discussion était urgente, non seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour toute l’industrie de la musique. « J’ai pensé que c’était bien si on faisait une pause pour se remettre en marche » souligne Jamila Thomas. « Je veux que les gens sachent que cela vient d’une émotion pure, de la colère et de la tristesse face à ce qui se passe dans le monde. Ce n’était pas du tout réfléchi à l’avance. Quand George Floyd est mort, après Ahmaud Arbery, après Breonna Taylor, après la COVID-19. C’était une façon de se libérer et de faire une pause, pour qu’à la fin, nous puissions réparer et guérir en tant que société » ajoute Brianna Agyemang.

 

« Il est du devoir de ces entités de protéger et de responsabiliser les communautés noires qui les ont rendues exceptionnellement riches… »

 

#TheShowMustBePaused

Les deux jeunes femmes conçoivent un graphique et bricolent un site web baptisé #TheShowMustBePaused. Leur message, imprimé en lettres blanches sur un fond noir : « Notre mission est de responsabiliser l’ensemble du secteur, y compris les grandes entreprises et leurs partenaires qui bénéficient des efforts, des luttes et des succès des Noirs… Il est du devoir de ces entités de protéger et de responsabiliser les communautés noires qui les ont rendues exceptionnellement riches, de manière mesurable et transparente ».

 

 

 

 

« Mardi noir »

Les deux jeunes femmes qui s’étaient rencontrées chez Atlantic Records, font ensuite appel à leur réseau de collègues et amis pour faire passer le mot sur les réseaux sociaux, suscitant une vague de réactions à la fois dans le secteur de la musique et en dehor,s pour observer ce que certains partisans ont commencé à appeler le « mardi noir » (#BlackOutTuesday). Tandis que Brianna Agyemang, et Jamila Thomas organisaient leur propre sommet virtuel, les trois grandes maisons de disques, Universal, Sony et Warner ont interrompu leurs activités et ont organisé des ateliers et des discussions pour leurs employés. Les services de streaming, les stations de radio et les artistes ont également apporté leur soutien. Apple Music a annulé son programme Beats 1 et a proposé un flux radio présentant le meilleur de la musique noire, Spotify a ajouté une piste de silence de huit minutes et 46 secondes dans certaines listes de lecture et podcasts en souvenir de la longue asphyxie de Georges Floyd.

 


Lire aussi : L’industrie musicale décrète un #BlackOutTuesday en soutien à #GeorgeFloyd

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Une industrie musicale dominée par les hommes blancs

Dans une industrie insulaire où les hommes blancs occupent toujours la plupart des postes de direction, l’appel à l’action très audacieux et extrêmement réussi de Brianna Agyemang, et Jamila Thomas démontre que les jeunes cadres comme elles, ont plus de pouvoir pour changer l’entreprise que leur titre de fonction ne le laisse supposer.

 

La phase 2

Brianna Agyemang, et Jamila Thomas se concentrent maintenant sur ce qu’elles appellent la phase deux pour « tenir l’industrie de la musique responsable et transparente dans ses pratiques en matière de représentation, de responsabilité sociale et de rémunération en ce qui concerne ses artistes, partenaires et employés noirs ». Elles comptent profiter de cette année d’élections pour aborder le sujet sur les redevances rétroactives d’indemnisation des artistes noirs.

 

Eliminer le terme « musique urbaine »

Sortir enfin la musique noire du ghetto. Brianna Agyemang va plus loin : « Nous aimerions savoir comment cela va affecter les artistes. S’agira-t-il désormais de « hip-hop et R&B » ou seulement de « musique noire » ? J’aimerais juste savoir ce que cela signifie pour eux en tant qu’entreprise et comment ils voient cette définition évoluer. Ce n’est qu’un mot, mais c’est un mot fort dans l’industrie de la musique ».

Written by Lise-Marie Ranner Luxin