[Live Vidéo] Sona Jobarteh, la gardienne de la tradition gambienne

Par Elia Hoimian / Images : Vincent Shango

 

Multi-instrumentiste, la chanteuse Sona Jobarteh, est la seule femme héritière de sa lignée de griots à jouer du Jali, nom donné à la kora en Gambie. Plus qu’une profession de foi, c’est un sacerdoce qu’elle honore avec ferveur. Loin de la version world de la musique africaine, elle s’applique à restituer la tradition de son pays, brute de décoffrage, sans fioriture.

 

 

Grand instrument de la tradition mandingue, la kora est l’instrument du griot, du conteur, du poète, de l’historien oral ou du musicien. Du mali au Sénégal en passant par la Guinée, leurs patronymes évoquent leurs castes : ce sont les Susso (Sissoko), Diabaté, Kouyaté, Konté. En Gambie, les Jobarteh représentent cette caste qui joue du Jali. Bien que cette tradition se perpétue de père en fils, Sona sera l’exception à cette règle séculaire.

Sona Jobarteh est  née en 1983 à Londres, d’une mère anglaise et d’un père gambien, émigré du Mali. Chanteuse et instrumentiste hors-pair, elle est la première femme joueuse professionnelle de kora, héritage mandingue où la transmission se fait généralement entre hommes. Mais Sona assume cette tradition, formée depuis l’âge de 3 ans par son frère Tunde Jegede, lui-même grand maître de la Kora ; et son père Sanjally Jobarteh, et se révèle ainsi être la digne héritière de son grand-père Amadu Bansang Jobarteh, griot de son état. Cousine du maître Toumani Diabaté (oui, le père de la star malienne Sidiki Diabaté Junior), elle est la première femme de sa lignée à jouer de cet instrument, uniquement en public car ce serait mal vu dans son pays dans les cérémonies traditionnelles tels que mariages, baptêmes, etc.

 

De formation classique, Sona est issue du l’école de la Royal College of Music, où elle apprend à jouer du violoncelle, du piano et du clavecin, puis du Purcell School of Music où elle étudie la composition. Elle joue également de la guitare qu’elle a appris en dehors de tout circuit.

Très attachée à ses racines, son premier album au titre évocateur, Afro Acoustic Soul, sort en 2008. L’année suivante, elle est sollicitée pour la composition de la bande originale de Motherland où elle se balade à travers les différents thèmes musicaux traditionnels africains. Une exploration qui colle parfaitement au thème du documentaire sur l’Afrique, de l’Égypte ancienne à nos jours : un aperçu de l’histoire africaine et des questions contemporaines, mais avec le peuple africain au centre de l’histoire.

Grande défenseure de la tradition gambienne, elle a ouvert en 2014 une école à Banjoul où elle enseigne ses élèves à jouer des instruments traditionnels africains : balafon, kora, ngoni (la guitare traditionnelle malienne) et djembé.

 

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