Les Misérables de Ladj Ly, grand gagnant des Césars 2020

Par Lise-Marie Ranner-Luxin

Les Misérables du réalisateur Ladj Ly a été récompensé dans la nuit de vendredi à samedi par le « César du Meilleur film ».

A l’heure des règlements de compte au sein de l’Académie, et le reproche fait au film pour son casting 100% testostérone célébrant l’ultra-masculinité, le film de Ladj Ly remporte 3 César : Celui du meilleur film, meilleur montage et prix du public. Véritable phénomène de société, le film plaît pour son message très prémonitoire sur la banlieue.

Les Misérables, La Haine, même combat ?

On a souvent comparé le film de Ladj Ly à La Haine de Mathieux Kassovitz. Même si les deux traitent de la banlieue, Les misérables dresse un constat d’urgence, un geste politique important qui mène à une conclusion pessimiste et sombre, beaucoup plus qu’il y a 25 ans.

Ladj Ly, vient de Montfermeil, et a documenté une bavure policière en 2008. Il décide de prendre les armes pour raconter « sa » banlieue. Issu du collectif Kourtrajmé, qui a révélé Kim Chapiron et Romain Gavras, le tout sous le parrainage de Vincent Cassel, Ladj Ly n’est pas un novice. A son actif, plusieurs documentaires militants, et avec Stéphane de Freitas, À voix haute en 2017. Son style est celui du cinéma-guérilla, caméra légère à l’épaule, au plus près des gens et des situations que de celui, très composé, de La Haine de Mathieu Kassovitz.

 

La banlieue sous haute tension

Le film de Ladj Ly cartographie avec précision la France des quartiers où les flics de terrain sont parfois obligés d’outrepasser leurs fonctions. Tout y est, la présence des grands frères et des chefs de cité, celle des religieux, des enfants livrés à eux-mêmes, des parents qui baissent les bras. Le film montre comment tout ce petit monde arrive à tempérer des situations explosives.  Les enfants sont les principales victimes de cette violence qui va précipiter le quartier dans le chaos avec la même atmosphère de guerre urbaine que celle des émeutes de 2005. Quand La Haine montrait la faillite de la République et de la prévention, Les Misérables dénonce une autogestion précaire et irresponsable. Dans les deux cas, le futur est sombre comme en témoigne le dernier plan, terriblement angoissant. Jusqu’ici tout va bien… ?

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