« La vengeance m’appartient », le dernier roman coup de poing de Marie Ndiaye

L'auteure Marie NDiaye

Par Lise-Marie Ranner-Luxin

 

Prix Goncourt 2009 pour « Trois Femmes puissantes », Marie Ndiaye revient dans le monde littéraire avec son dernier roman coup de poing, « La vengeance m’appartient », l’histoire d’une avocate et d’une mère infanticide. Des questions viennent hanter le lecteur, et l’atmosphère mystérieuse qui s’y dégage fait presque douter de nos perceptions, et de notre mémoire.

 

 

Un parcours puissant pour une auteure puissante

Née à Pithiviers, en France, le 4 juin 1967, d’une mère française professeur de sciences naturelles et d’un père sénégalais, Marie NDiaye qui a pour frère l’historien Pap Ndiaye, a fait des études de linguistique à la Sorbonne.  Après l’obtention d’une bourse de l’Académie de France, elle part étudier à la Villa Médicis, à Rome. À dix-sept ans, elle publie son premier roman, Quant au riche avenir, aux Éditions de Minuit. Son roman En famille connait du succès lors de sa publication en 1990 et la consécration arrive en 2001 avec le roman Rosie Carpe qui lui vaut l’obtention du Prix Femina. Romancière talentueuse, Marie NDiaye écrit aussi pour le théâtre, notamment Papa doit manger, pièce qui fait partie du répertoire de la Comédie Française. Elle a également publié un recueil de nouvelles, en 2004, intitulé Tous mes amis et trois romans jeunesse (La Diablesse et son enfant (2000), Le Paradis de Prunelle (2003) et Le Souhait (2005). Elle a également contribué à l’écriture du scénario du film White Material de Claire Denis. La romancière est aussi lauréate du Prix du Théâtre de l’Académie française (2012) et du Prix Ulysse (pour l’ensemble de son œuvre) (2018).

 

Une parenthèse de dix ans à Berlin

Après l’élection de Nicolas Sarkozy, Marie Ndiaye qui ne se reconnait plus dans les valeurs de cette France de droite s’exile avec son compagnon, le romancier Jean-Yves Cendrey et leurs trois enfants. Aux Inrockuptibles,  la romancière avait déclaré « Je trouve cette France-là monstrueuse… détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… ».

 

L’énigmatique Maitre Suzanne

Tout au long du roman Me Susane n’a pas de prénom, on sait juste qu’il commence par un H, et que la jeune femme n’a pas un physique agréable, et qu’elle est devenue avocate sur le tard. Me Susane vit seule, partageant son existence entre son travail, les moments partagés avec Lila, la fille de son ex-petit ami, et une affaire qui tient particulièrement à cœur : obtenir des papiers pour Sharon, sa femme de ménage mauricienne. Un jour, elle est sollicitée par Gilles Principaux pour défendre sa femme Marlyne, accusée du meurtre de ses trois jeunes enfants. L’avocate croit reconnaître en cet homme l’adolescent avec qui elle a partagé quand elle avait dix ans un après-midi dont elle garde un souvenir éblouissant. Une impression qui reste floue dans sa mémoire mais qu’elle tient à conserver intacte. « L’enkystement d’une pure joie », dit-elle.

 

Qui est Gilles Principaux ?

Mais que s’est-il réellement passé dans la chambre de Gilles Principaux ?

L’entrée en scène de cet homme procure chez Me Susane un choc si violent qu’elle va changer le cours de sa vie. Son père, M. Susane, est lui persuadé que le pire est arrivé à sa fille dans la chambre du garçon pendant que la mère de Me Susane faisait le ménage dans la maison de cette famille issue de la grosse bourgeoisie bordelaise qui, rappelons-le, est une ville connue pour son passé négrier.

 

Le mystère de la mère infanticide

Pourquoi Marlyne, « mère de famille de haut-niveau, comme une athlète », a-t-elle tué ses trois enfants ? Et pourquoi son mari, Gilles Principaux, a-t-il choisi Me Susane, avocate peu expérimentée, pour la défendre ? On apprend que l’accusée a voulu changer de nom car il fait partie d’une famille de négriers de Bordeaux. Quels sont en réalité les liens de Me Susane avec la petite Lila ? Décidément, Marie Ndiaye sait nous tenir en haleine et son écriture reste tout aussi puissante.

Written by Lise-Marie Ranner Luxin